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Un «voyage» flou d’amour – Culture / Next

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Irrésistible ascension vers un village accroché au bord d’une montagne verdoyante, le premier film de Bi Gan, Kaili Blues, baignait dans une langueur et un mysticisme d’une désarmante simplicité. Son second long métrage, Un grand voyage vers la nuit, prolonge ce mouvement parabolique entamé en 2016 pour dessiner la trajectoire descendante, plongeon jusque dans les entrailles de la Terre et de la tête de son personnage principal.

Avant la chute, Un grand voyage s’ouvre sur une rechute. Ayant fui Kaili – ville d’origine du cinéaste, dans le sud du pays – et sa famille des années plus tôt, le quadra Luo Hongwu s’y trouve rappelé par les circonstances, la mort de son père l’obligeant à revenir parmi les siens. S’il parvient à expédier la question de la succession, il se trouve happé par une vieille photo délogée du dos d’une horloge. De cette boîte de Pandore s’échappe un monde de souvenirs et d’obsessions gravitant tous autour de la silhouette d’une femme aimée il y a longtemps et qu’il était sur le point d’oublier. Une figure comme arrachée à un rêve filandreux, sans nom ni visage, mais qui soudain refait vibrer des parties engourdies de son âme.

Jusqu’à ce que cette familière inconnue ne s’incarne sous les traits d’une belle en robe de satin vert qui dit s’appeler Wan Qiwen et à laquelle Luo s’accroche comme si sa vie en dépendait.

Friches industrielles

Il y a pourtant quelque chose de vain à tenter de résumer le film de Bi Gan. La beauté de ce «grand voyage» réside précisément dans le fait qu’il ne chemine pas le long d’un continuum linéaire d’un point A vers un point B, et qu’il échappe à toute tentative d’encapsulation cohérente. Sa saveur s’affirme plutôt dans le détour et au terme d’un processus de décantation. Le temps nécessaire au spectateur pour distinguer que la succession de scènes étrangement déconnectées les unes des autres constitue des séries d’allers-retours entre le présent et le passé de Luo Hongwu, où se réfracte en boucle l’image de cette femme. Le temps nécessaire pour se familiariser avec le langage des signes manié par le cinéaste chinois, afin de relier les symboles qui unissent une montre fracassée, un sous-sol décrépit envahi par des trombes d’eau et des paysages de friches industrielles – images de la ruine destinées à figurer cette mémoire qui se délite, file entre les doigts de Luo et ne lui laisse plus entrevoir que des échos déformés de la chose qu’il recherche si ardemment.

A lire aussiL’interview de Bi Gan

Si bien que cette succession de tableaux à la lumière finement sculptée (presque trop, lorsqu’on les met en regard de Kaili Blues) finit par constituer non plus une représentation du réel, mais une figuration de la psyché du paumé Luo. De la même façon qu’un rêve peut revenir sous la forme d’une odeur ou d’une matière granuleuse, le film s’attache à restituer ses lieux de façon très sensorielle, la caméra de Bi Gan s’attardant sur la matière, caressant des murs craquelés, des dos nus et moites illuminés par une lampe fatiguée ou des rues d’après la pluie à l’éclairage irréel de néons qui se réfléchissent du ciel au pavé.

S’il semble réconcilier les cinémas de Hou Hsiao-hsien et de David Lynch (référence certes un peu tarte à la crème pour ce type de récit nébuleux), Bi Gan trace sa voie en confiant à Luo et à sa moitié le soin d’expliciter la structuration chaotique de son film en théorisant sur la différence entre cinéma et mémoire. Le premier est un espace de la mise en ordre (la mise en scène) quand le second est le territoire du chaos, de l’enchevêtrement absolument indémerdable du vrai et du faux ; le cinéaste chinois se proposant d’écrire un film avec le langage de la mémoire.

Village-purgatoire

C’est pourquoi cette histoire de fantôme et d’amour se présente tel un puzzle noir. Cela explique aussi la multiplication de filtres disposés entre l’œil et l’action (pare-brise, devanture poussiéreuse de magasin ou surface d’un lac qui dévoile à la fois le monde du dessous et reflète celui du dessus…), comme un brouillard fiévreux qui serait impossible à dissiper. L’ultime filtre intervient après une heure de film et fracture le récit en deux, oblitérant la distance de sécurité dressée entre le spectateur et le personnage principal en leur faisant chausser des lunettes 3D en même temps. Une confusion des gestes qui produit le même effet qu’une entrée par effraction dans le terrier du lapin blanc de Lewis Carroll.

Le temps de cette heure, qui s’affranchit du montage (la deuxième partie consiste en un seul et virtuose plan-séquence de cinquante-neuf minutes) mais se dote d’une dimension de plus, le spectateur et Luo s’abîment dans la trame de la nuit, explorant les domaines du rêve et du souvenir oublié à travers un vagabondage dans une mine-labyrinthe (avec minotaure à la clé) et un village-purgatoire piégé dans l’obscurité. Le nom de la mystérieuse amante, Wan Qiwen, résonne à nos oreilles comme un symbole s’écrivant tel qu’il est prononcé : «One-She-When.» Absolu féminin, unique, égaré dans les limbes du temps. Un éphémère amour qui a brillé avec l’intensité d’un feu de Bengale qui refuserait de s’éteindre. Un amour si fou qu’il peut faire tournoyer une maison sur son socle.


Marius Chapuis

Un grand voyage vers la nuit de Bi Gan avec Tang Wei, Huang Jue, Sylvia Chang… 2 h 18.

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«A cause des filles..?», cœurs à marée basse

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Bonheur de retrouver le meilleur Pascal Thomas. On en suivait le talent intermittent depuis sa dernière œuvre majeure, la Dilettante (1999), et la fâcherie fâcheuse avec Jacques Lourcelles, son scénariste attitré (et le critique essentiel que l’on sait). Le revoici, le cinéaste fantasque de la communauté improbable, du phalanstère éphémère, de la réunion étoilée. Réunion de groupe qui fort heureusement n’excédera pas le temps du film, de ses histoires entremêlées, en une dispersion, après la chanson finale, évitant à des figures aimables parce que singulières de se rabougrir en classe moyenne recroquevillée, corps en bloc cocardier, esprit de clocher. Le temps d’un voyage, d’un mariage, d’une saison de jeunesse ou de vacances entre amis, des personnages sont regroupés pour une occasion un peu oiseuse, pour une coexistence vaille que vaille qu’il faut bien égayer, et qui ne trouvent rien à faire d’autre que de raconter des histoires, que de se (la) raconter un peu. Et puis s’en vont.

Ragots. A cause des filles..? reprend la trame d’un précédent film de 1981 de Pascal Thomas, Celles qu’on n’a pas eues, dans lequel un petit groupe improvisé d’hommes (et une femme) coincés dans un compartiment de train, le temps du trajet, se remémoraient leurs meilleurs échecs amoureux à tour de rôle. Le principe est ici identique : à tire-d’aile et à tour de rôle – sur fond étale du bassin d’Arcachon, ses cieux changeants et ses puissantes nuances de gris, tout au long d’un festin gêné et arrosé – se déploie le récit à tiroirs de déconvenues amoureuses, un film à sketchs si l’on veut, comme certaines comédies italiennes ou les Buñuel tardifs (type le Fantôme de la liberté ou le Charme discret de la bourgeoisie), à cause de cette construction en historiettes et saynètes s’enfonçant toujours plus loin dans le fantastique. Et la satire bourgeoise.

L’occasion oiseuse ici : un mariage est célébré qui tourne au fiasco. Le marié s’enfuit avec une femme mystérieuse en décapotable et foulard de soie venue le cueillir à la sortie de l’église. La mariée et tous les convives se retrouvent attablés en bord de mer dans une ambiance à marée basse, au pied d’un phare, à gober des huîtres et à boire du blanc en patientant pour un improbable retour du «noceur» échappé. Autour des tables et des goélands, dans le faux embarras général et les ragots divertis, chacun y va de sa petite histoire indirecte, sa confession quant aux surprises de l’amour. Bonnes, mauvaises, les loupés du cœur, toujours. Les dupés de l’aventure rocambolesque se suivent sans se ressembler, entre pure farce (l’épisode hilarant du faux peintre et de la vraie muse, du Tartuffe dans une leçon de littérature leste, du cambriolage par des Musidora encagoulées en cours d’adultère ficelé) et poésie décalée «éromystique» – bel épisode de la maîtresse du veuf pervers, ou du vieil homme et la mort. Parfois, on se croirait chez Mocky, ou chez Brisseau.

Punition. On est bien chez Pascal Thomas. La libre gratuité de ce cinéma en fait le charme insigne, tant c’est devenu saugrenu. Comme il y a encore Mocky et Brisseau, donc, comme il y avait Jacques Rozier, perdu de vue depuis Fifi Martingale (2001), comme il y a Joseph Morder et comme il y a Pierre Léon, subsiste ce cinéma des «quatre coins» (comme le jeu). Chacun dans son coin, tous échangent et échappent à leur poste, se relaient au centre, la solitude en punition. Ce mercredi, c’est Pascal Thomas qui s’y colle, remontant sur les planches de son théâtre français, avec ses acteurs fendards, cinéma de la classe moyenne et des ridicules des hommes aspirant à une communauté inavouable, de filles et de garçons, telle une troupe qu’on emmènerait partout avec soi. Pour montrer quoi ? Par exemple : le geste insolite et drôle, et beau, d’attraper une mouche dans la chambre d’une morte.


Camille Nevers

A cause des filles..? de Pascal Thomas avec François Morel, José Garcia, Rossy de Palma, Audrey Fleurot, Pierre Richard… 1 h 40.

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Norah Jones s’invite au 40 e Festival international de jazz de Montréal

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La célèbre auteure-compositrice-interprète américaine Norah Jones présentera un spectacle le 27 juin prochain dans la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, dans le cadre du 40e Festival international de jazz de Montréal (FIJM).

L’artiste a annoncé lundi une nouvelle série de concerts en tournée nord-américaine, qui débute le 18 juin à Pittsburgh, au Massachusetts, et qui inclut un arrêt au FIJM. Les billets seront en vente le 1er février à 10 h.

Norah Jones a vendu plus de 50 millions d’albums en carrière, et remporté neuf prix Grammy, dont le prix du « meilleur nouvel artiste », en plus d’avoir été récipiendaire de deux prix « enregistrement de l’année » et deux fois « album de l’année ».

En novembre dernier, le festival avait dévoilé une bonne partie des artistes invités à jouer dans la métropole cet été, qui inclut la chanteuse et musicienne Melody Gardot, la légende de la guitare jazz George Benson, l’ensemble de musiciens Pink Martini, la pianiste et compositrice montréalaise Alexandra Stréliski et la diva jazz Dianne Reeves.

Le Festival international de jazz de Montréal se déroulera du 27 juin au 6 juillet 2019.

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Lac-Mégantic et Netflix : Ottawa demande le retrait des images et une compensation

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Les députés ont approuvé la motion présentée par le néo-démocrate Pierre Nantel concernant ces séquences vidéo que l’on voit notamment dans le très populaire film Bird Box.

La Chambre demande que Netflix « retire de son catalogue de fiction toute image de la tragédie de Lac-Mégantic » et « compense financièrement la communauté de Lac-Mégantic pour avoir utilisé ces images à des fins de divertissement ».

Au bureau du ministre du Patrimoine canadien, Pablo Rodriguez, on a affirmé mardi soir que l’on comprenait « parfaitement la consternation des Méganticois face à l’utilisation des images de la tragédie ».

Il est « désolant de voir Netflix utiliser ces images » et « l’entreprise devrait [les] retirer », a-t-on ajouté.

Des excuses de Netflix

L’utilisation des images de la catastrophe ferroviaire survenue en juillet 2013 a suscité l’indignation, notamment celle de la ministre de la Culture du Québec, Nathalie Roy. Elle avait ainsi écrit à l’entreprise pour lui demander de procéder à leur retrait.

La société n’a pas accédé à cette demande, mais dans une lettre envoyée la semaine dernière à la ministre, Netflix a présenté ses excuses et promis de faire mieux à l’avenir.

Dans cette missive, la directrice des politiques publiques chez Netflix, Corie Wright, a assuré avoir présenté ses excuses directement à la mairesse de Lac-Mégantic, Julie Morin.

L’entreprise de diffusion de contenu en ligne a argué que l’utilisation d’images d’archives constituait une pratique courante et répandue dans l’industrie du cinéma et de la télévision.

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