Connect with us

Arts et Spectacles

Soolking, 1, 2, 3, viva l’Algé-roi – Culture / Next

Editor

Published

on

En face de nous, il y a ce bonhomme très fin, un peu dans les choux, qui a choisi Soolking comme pseudonyme – un squelette guitariste dans le manga japonais One Piece – et qui fabrique de la musique pas totalement identifiée. Un peu rap, un peu raï, un peu pop, un peu tout : au vrai, on ne sait pas trop. Dans ses clips, il bouge parfois comme si son corps était en réglisse, jamais sans un couvre-chef et des lunettes. Tout se tient finalement : il y a quelques années encore, il fut brièvement acrobate dans un cirque, en Seine-saint-Denis. «C’était bien…» Point.

«Dalida». En janvier 2018, il a débarqué, un soir, dans les studios de Skyrock pour chanter Guérilla. En dépit de l’artisanat apparent, tout a été scénarisé, filmé, puis posté sur YouTube. Un gars en dreadlocks simule un air de trompette comme s’il était né avec, tandis que lui chante «la, la, la, la…» entre deux rimes sur les damnés et Muammar al-Kadhafi. 180 millions de vues, record pour la radio, le compteur continue de tourner. Mais diable, que s’est-il passé ? Est-ce le refrain entêtant, que Laurent Bouneau, le patron de Skyrock, compare à «un Chant des partisans, version nord-africaine» ? La voix presque naturellement autotunée qui peut hanter durablement une caboche ? De la féerie qui s’estompera ? Ou du talent brut et durable ? A partir de ce soir-là, on jurerait que ce type, qui superpose l’argot des quartiers populaires à son accent algérois, galoperait même si on lui sectionnait bras et guiboles. Ses tubes se classent dans les tops français et internationaux, dont Dalida, reprise maison du Paroles, paroles de la diva. YouTube et son algorithme font foi : il est partout, parce qu’on se l’arrache, mine à clics. Soolking : «Ce qui est certain est que l’on a créé un délire.» Laurent Bouneau : «Certains appellent le créneau de Soolking la « pop chicha ». Disons que c’est un peu l’équivalent maghrébin de l’afro trap pour l’Afrique de l’Ouest.» L’intéressé : «Les sonorités orientales ont une certaine cote. Du raï des bas-fonds parvient à réaliser 100 000 vues sur YouTube. Il se passe quelque chose.»

Et puis il y a le récit autour qui enveloppe de chair fraîche tous les os. Il a quitté l’Algérie au milieu des années 2000 et a vécu les galères de l’exil. La rue, les boulots au noir, la paperasse, la discrimination. En 2008, il tente une première fois sa chance en France. Jette l’éponge et rentre au bout de quelques mois. En 2013, il retente, cette fois à plusieurs, avec les membres d’Africa Jungle, son groupe. Succès, et donc ronds à la clé. Nos confrères, de toutes nationalités, l’entraînent souvent sur le même chemin : tu as vécu la gueule sur le bitume et te voilà te trimballant sur des nuages. Ça fait quoi d’être un ex-pauvre ? A nous : «Quand je galérais, ce que je voulais le plus, c’était un appart. Ça doit paraître bizarre. Aujourd’hui, je suis locataire, mais Inch Allah, quand j’aurai de l’argent, ça serait le rêve d’acheter.» Sur sa mine de divorcé du sommeil : «C’est le moment de faire de l’oseille, de mettre ma famille à l’abri. La musique, même quand elle ne marche pas, reste magique. Mais je ne veux pas me dire « je n’ai rien fait » si un jour le succès s’arrête.» K Smaïl, journaliste culture au quotidien algérien El Watan : «Pour la jeunesse algérienne, il est l’équivalent, en termes d’image, de Riyad Mahrez [élu meilleur joueur de foot d’Angleterre en 2015-2016, ndlr]. Depuis un an, sa voix résonne jusque dans les hammams. Il est écouté en boucle, ce qui étend sa notoriété aux parents. La success-story, au-delà de la musique, plaît à la jeunesse : il est l’Algérien qui a réussi et a réalisé un rêve.»

Bruce. Abderraouf Derradji, 29 ans, est né dans la banlieue d’Alger. Mère gestionnaire dans un lycée, père ex-boxeur, ex-cheminot, un peu musicien et salarié un temps d’Air Algérie. L’enfance, pour ce qu’il confesse : les arts martiaux, la plage, le Club Dorothée et les allers-retours en France, en famille, jusqu’à ses 6 ans. Le contexte au pays fait relativiser le tout. Il pousse pendant et après la décennie noire (1991-2002), qui fit des dizaines de milliers de morts. «J’ai vécu des trucs… J’ai des souvenirs de ouf. Mais j’avais moins peur, car j’étais jeune. On n’en parle pas quand on évoque cette décennie, mais le plus dur, c’est l’après. Tout est à refaire, tu pars de zéro. Et là, tu te dis, on fait quoi ?» Avec sa main, il simule la trajectoire d’un avion au décollage. Guérilla l’a fait monter d’un coup, comme ça. Mais lui revendique un CV (paluche parallèle au sol) et donc le mérite dépassant le gros coup éphémère : «L’année d’avant Guérilla, j’avais déjà un petit public en France. Je faisais des clips, des concerts, des showcases à droite, à gauche. J’avais déjà fait un hit en Allemagne.» En Algérie, il fut batteur, danseur, puis chanteur – mettons rappeur à cette époque – au sein d’Africa Jungle. Avec une troupe locale de chorégraphes, il avait même fait un petit tour du monde, lequel l’a mené jusqu’au Japon : «J’ai fait une photo avec la statue de Bruce Lee, tu vois laquelle ?»

Pas de femme, pas de copine, pas d’enfant. Son petit frère et sa petite sœur, étudiants, vivent avec lui pas loin de Villeneuve-la-Garenne, en petite couronne parisienne. Ici et là en interview, il en fait une affaire de principe : soulager ses parents. Dans son coin, il écrit un manga et admet, si d’aventure on voulait lui accoler un péché mignon, un faible pour les lunettes à plus de 1 000 euros.Sinon, il dit ne jamais consommer d’alcool : «Je suis musulman.»

Marine. On l’a croisé dans un studio parisien, fief de Sofiane, rappeur qui touche à tout, avec succès, depuis deux ans. Avec son équipe, ce dernier, qui a signé Soolking sur son label, a théorisé une méthode d’interview : quand la pente paraît glissante, on contourne en finesse, sans se retourner. Ce qui amène Soolking, entre autres, à relativiser la dimension politique du titre Guérilla, où il est question de «voler les riches» qui ont tout pris aux démunis. Funambule : «Le refrain, ça devait pas être Guérilla mais Maria à la base. Parce que j’ai une pote qui s’appelle Marine.» Sofiane, sur l’état de forme de son protégé : «Il vit une période complexe… Il découvre que des gens autour de lui changent. Sa qualité est qu’il reste productif quoi qu’il arrive. Parce qu’il a conscience que s’il doit gérer de plus gros coups durs et qu’il n’a plus la tête à la musique, il aura besoin de titres en réserve.»

Six ans qu’Abderraouf Derradji n’est pas rentré chez lui à cause d’un service militaire pas accompli. Son statut aidant – visage international -, tout est rentré dans l’ordre. Un concert est prévu. K Smaïl : «Ce sera assurément celui de l’année. Des gens n’attendent que de le voir en vrai.» Récemment, Soolking, produit de soft power, a posé avec l’ambassadeur d’Algérie à Paris. Avec son bonnet et ses lunettes.


10 décembre 1989 Naissance à Alger.
Janvier 2018 Explose après un passage à Skyrock (180 millions de vues).
Novembre 2018 Fruit du démon, album certifié disque d’or.


Ramsès Kefi


,


Vincent Coquaz photo Iorgis Matyassy pour «Libération»

Source link

قالب وردپرس

Arts et Spectacles

«A cause des filles..?», cœurs à marée basse

Editor

Published

on

By

Bonheur de retrouver le meilleur Pascal Thomas. On en suivait le talent intermittent depuis sa dernière œuvre majeure, la Dilettante (1999), et la fâcherie fâcheuse avec Jacques Lourcelles, son scénariste attitré (et le critique essentiel que l’on sait). Le revoici, le cinéaste fantasque de la communauté improbable, du phalanstère éphémère, de la réunion étoilée. Réunion de groupe qui fort heureusement n’excédera pas le temps du film, de ses histoires entremêlées, en une dispersion, après la chanson finale, évitant à des figures aimables parce que singulières de se rabougrir en classe moyenne recroquevillée, corps en bloc cocardier, esprit de clocher. Le temps d’un voyage, d’un mariage, d’une saison de jeunesse ou de vacances entre amis, des personnages sont regroupés pour une occasion un peu oiseuse, pour une coexistence vaille que vaille qu’il faut bien égayer, et qui ne trouvent rien à faire d’autre que de raconter des histoires, que de se (la) raconter un peu. Et puis s’en vont.

Ragots. A cause des filles..? reprend la trame d’un précédent film de 1981 de Pascal Thomas, Celles qu’on n’a pas eues, dans lequel un petit groupe improvisé d’hommes (et une femme) coincés dans un compartiment de train, le temps du trajet, se remémoraient leurs meilleurs échecs amoureux à tour de rôle. Le principe est ici identique : à tire-d’aile et à tour de rôle – sur fond étale du bassin d’Arcachon, ses cieux changeants et ses puissantes nuances de gris, tout au long d’un festin gêné et arrosé – se déploie le récit à tiroirs de déconvenues amoureuses, un film à sketchs si l’on veut, comme certaines comédies italiennes ou les Buñuel tardifs (type le Fantôme de la liberté ou le Charme discret de la bourgeoisie), à cause de cette construction en historiettes et saynètes s’enfonçant toujours plus loin dans le fantastique. Et la satire bourgeoise.

L’occasion oiseuse ici : un mariage est célébré qui tourne au fiasco. Le marié s’enfuit avec une femme mystérieuse en décapotable et foulard de soie venue le cueillir à la sortie de l’église. La mariée et tous les convives se retrouvent attablés en bord de mer dans une ambiance à marée basse, au pied d’un phare, à gober des huîtres et à boire du blanc en patientant pour un improbable retour du «noceur» échappé. Autour des tables et des goélands, dans le faux embarras général et les ragots divertis, chacun y va de sa petite histoire indirecte, sa confession quant aux surprises de l’amour. Bonnes, mauvaises, les loupés du cœur, toujours. Les dupés de l’aventure rocambolesque se suivent sans se ressembler, entre pure farce (l’épisode hilarant du faux peintre et de la vraie muse, du Tartuffe dans une leçon de littérature leste, du cambriolage par des Musidora encagoulées en cours d’adultère ficelé) et poésie décalée «éromystique» – bel épisode de la maîtresse du veuf pervers, ou du vieil homme et la mort. Parfois, on se croirait chez Mocky, ou chez Brisseau.

Punition. On est bien chez Pascal Thomas. La libre gratuité de ce cinéma en fait le charme insigne, tant c’est devenu saugrenu. Comme il y a encore Mocky et Brisseau, donc, comme il y avait Jacques Rozier, perdu de vue depuis Fifi Martingale (2001), comme il y a Joseph Morder et comme il y a Pierre Léon, subsiste ce cinéma des «quatre coins» (comme le jeu). Chacun dans son coin, tous échangent et échappent à leur poste, se relaient au centre, la solitude en punition. Ce mercredi, c’est Pascal Thomas qui s’y colle, remontant sur les planches de son théâtre français, avec ses acteurs fendards, cinéma de la classe moyenne et des ridicules des hommes aspirant à une communauté inavouable, de filles et de garçons, telle une troupe qu’on emmènerait partout avec soi. Pour montrer quoi ? Par exemple : le geste insolite et drôle, et beau, d’attraper une mouche dans la chambre d’une morte.


Camille Nevers

A cause des filles..? de Pascal Thomas avec François Morel, José Garcia, Rossy de Palma, Audrey Fleurot, Pierre Richard… 1 h 40.

Source link

قالب وردپرس

Continue Reading

Arts et Spectacles

Norah Jones s’invite au 40 e Festival international de jazz de Montréal

Editor

Published

on

By

La célèbre auteure-compositrice-interprète américaine Norah Jones présentera un spectacle le 27 juin prochain dans la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, dans le cadre du 40e Festival international de jazz de Montréal (FIJM).

L’artiste a annoncé lundi une nouvelle série de concerts en tournée nord-américaine, qui débute le 18 juin à Pittsburgh, au Massachusetts, et qui inclut un arrêt au FIJM. Les billets seront en vente le 1er février à 10 h.

Norah Jones a vendu plus de 50 millions d’albums en carrière, et remporté neuf prix Grammy, dont le prix du « meilleur nouvel artiste », en plus d’avoir été récipiendaire de deux prix « enregistrement de l’année » et deux fois « album de l’année ».

En novembre dernier, le festival avait dévoilé une bonne partie des artistes invités à jouer dans la métropole cet été, qui inclut la chanteuse et musicienne Melody Gardot, la légende de la guitare jazz George Benson, l’ensemble de musiciens Pink Martini, la pianiste et compositrice montréalaise Alexandra Stréliski et la diva jazz Dianne Reeves.

Le Festival international de jazz de Montréal se déroulera du 27 juin au 6 juillet 2019.

Source link

قالب وردپرس

Continue Reading

Arts et Spectacles

Lac-Mégantic et Netflix : Ottawa demande le retrait des images et une compensation

Editor

Published

on

By

Les députés ont approuvé la motion présentée par le néo-démocrate Pierre Nantel concernant ces séquences vidéo que l’on voit notamment dans le très populaire film Bird Box.

La Chambre demande que Netflix « retire de son catalogue de fiction toute image de la tragédie de Lac-Mégantic » et « compense financièrement la communauté de Lac-Mégantic pour avoir utilisé ces images à des fins de divertissement ».

Au bureau du ministre du Patrimoine canadien, Pablo Rodriguez, on a affirmé mardi soir que l’on comprenait « parfaitement la consternation des Méganticois face à l’utilisation des images de la tragédie ».

Il est « désolant de voir Netflix utiliser ces images » et « l’entreprise devrait [les] retirer », a-t-on ajouté.

Des excuses de Netflix

L’utilisation des images de la catastrophe ferroviaire survenue en juillet 2013 a suscité l’indignation, notamment celle de la ministre de la Culture du Québec, Nathalie Roy. Elle avait ainsi écrit à l’entreprise pour lui demander de procéder à leur retrait.

La société n’a pas accédé à cette demande, mais dans une lettre envoyée la semaine dernière à la ministre, Netflix a présenté ses excuses et promis de faire mieux à l’avenir.

Dans cette missive, la directrice des politiques publiques chez Netflix, Corie Wright, a assuré avoir présenté ses excuses directement à la mairesse de Lac-Mégantic, Julie Morin.

L’entreprise de diffusion de contenu en ligne a argué que l’utilisation d’images d’archives constituait une pratique courante et répandue dans l’industrie du cinéma et de la télévision.

Source link

قالب وردپرس

Continue Reading

Chat

Trending