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Dans le village d’Asia Bibi au Pakistan : «Nous regrettons de ne pas avoir rendu justice de nos propres mains»

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Elle a appris la nouvelle depuis sa résidence surveillée, l’une des cachettes les mieux gardées du Pakistan. Trois mois après qu’elle a prononcé l’acquittement d’Asia Bibi, la Cour suprême a confirmé sa décision : trop de «vices de procédures» et d’inexactitudes dans les témoignages constellaient le dossier de la chrétienne. Plus rien ne l’empêche désormais de quitter ce pays musulman très conservateur, où elle est la cible des extrémistes religieux.

Qari Saalam, l’imam du village Ittan Wali, où la mère de famille habitait, a été le dernier à se résigner. Mais la plus haute instance judiciaire pakistanaise a déclaré irrecevable le recours qu’il avait intenté contre sa décision. Dans ce petit village aux ruelles couleur brique, où Libération s’est rendu après l’acquittement, la rancœur est plus féroce que jamais. Neuf ans ont pourtant passé depuis l’incident dérisoire qui a valu à Asia Bibi de passer près d’une décennie dans le couloir de la mort. Mais la vie de ce lieu autrefois paisible, bordé d’un canal d’eau claire, semble encore articulée autour d’une querelle aux «effets terribles», qui «causera beaucoup de morts», se lamente Mohammed Idriss, l’ancien employeur d’Asia Bibi.

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Ce propriétaire terrien volubile affirme avoir vu toute la scène, qui s’est déroulée autour d’un puits de ferraille, près d’un talus de ronces. Sa version des faits n’a pas changé : ce jour de juin 2009, Asia Bibi, fâchée contre des paysannes qui refusaient de partager avec elle leur verre d’eau, a blasphémé. «Nous l’avons confondue devant les villageois et elle a reconnu les faits», raconte-t-il. De son côté, Asia Bibi maintiendra qu’on l’a traînée de force et battue dans la rue, non loin de la porte bleu délavé de sa maison, vide aujourd’hui car «maudite». Un qualificatif dont tous les villageois rencontrés affublent la chrétienne.

Peur

«Il y avait des gens qui voulaient la tuer et ne pas la remettre à la justice, mais nous avons préféré suivre la loi. Aujourd’hui, nous regrettons de ne pas avoir rendu justice de nos propres mains», soupire Mohammed Idriss. Car depuis l’annonce de l’acquittement d’Asia Bibi, «le mauvais sort nous poursuit», peste Fatma, une femme sans âge drapée dans un châle mauve, qui demande qu’on ne cite pas son vrai prénom. Fous de rage, des habitants d’Ittan Wali ont participé à des marches violentes et ont brûlé une voiture de police. Résultat : 86 d’entre eux sont actuellement poursuivis par la justice pour troubles à l’ordre public et propagation de la terreur.

«Quand j’ai su qu’elle serait libérée, mon cœur a eu un choc», ajoute encore Fatma. Plus d’une vingtaine de femmes travaillaient aux champs avec Asia Bibi le jour où tout a basculé. Mais Fatma, son ancienne voisine, compte parmi les deux seules qui l’ont formellement accusée de blasphème. Plus aucun membre de la famille d’Asia Bibi n’habite Ittan Wali aujourd’hui. Dans la région, les chrétiens sont désormais principalement regroupés dans le bourg de Youngsenabad, qui compte environ 8 000 membres de la communauté. Le pasteur Massoud est l’un des rares hommes d’Eglise à accepter de rencontrer Libération, car d’après lui, «la peur d’être pris pour cible s’est abattue sur le village».

Lui estime toutefois que «l’Etat pakistanais fait des progrès pour les protéger», ce que les quelques voitures de police postées en amont du village d’Asia Bibi semblent confirmer. Mais il dit craindre pour les autres condamnés pour blasphème, évalués à une quarantaine de personnes par une commission américaine. «Notre problème n’est pas la loi anti-blasphème, nous la respectons. Mais les magistrats des petites cours de justice se fichent de notre bonne foi car ils subissent la pression de leur environnement», souligne-t-il.

Pressions

Plusieurs procès en cours l’inquiètent particulièrement. L’un d’entre eux se tient en ce moment à Lahore : un adolescent chrétien accusé il y a un an d’avoir blasphémé sur les réseaux sociaux. Son cousin, également arrêté, s’est défenestré pour fuir un interrogatoire trop violent. Dans le petit tribunal de Lahore où il est jugé, des membres du Tehreek-e-Labaik (TLP), un parti politique issu d’une secte soufie ultraviolente, qui avait bloqué le Pakistan après l’annonce de l’acquittement d’Asia Bibi, récitent le Coran à pleins poumons pour intimider les juges, affirme son avocate. L’un des leaders du TLP, Shafeek Amini, a publié une vidéo sur Internet ce mardi : en cas de libération de la «damnée Asia Bibi», avertit-il, ses soutiens «se tiennent prêts».

Dans un tel contexte, l’un des avocats d’Asia Bibi, Saif Ul Malook, se dit «heureux comme jamais» de la décision de la Cour suprême, fier d’avoir défendu l’une des «victimes les plus courageuses de [sa] carrière». La chrétienne devrait quitter au plus vite le Pakistan. Le Canada est évoqué comme sa prochaine terre d’accueil.


Solène Chalvon-Fioriti envoyée spéciale à Ittan Wali (Pakistan)

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Tanzanie et Ouganda cherchent le financement pour leur projet commun d’oléoduc.

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Les projets pétroliers et oléoducs entre la Tanzanie et l’Ouganda figureront en tête des transactions d’infrastructures de cette année dans la région, mais ces pays doivent d’abord trouver un financement.

La Tanzanie et l’Ouganda recherchent un financement de plus de 6.1milliards d’euros pour ces projets, indique un nouveau rapport de Debtwire, un service de renseignement qui effectue des recherches et établit des rapports sur les situations d’endettement des entreprises.

Selon le nouveau rapport sur financement des projets africains de Debtwire pour 2019, les secteurs du pétrole et des infrastructures sont les plus susceptibles de susciter l’intérêt des investisseurs et des financiers cette année.

La Tanzanie devrait être en tête des transactions d’infrastructure avec le projet de pipeline de pétrole brut pour l’Afrique de l’Est, dont le budget est de 3 milliards d’euros. Stanbic Bank Uganda, le principal donneur d’un prêt de 2.2 milliards d’euros, a déclaré s’attendre à ce que l’accord soit conclu en juin.

Le solde de 881 millions d’euros devrait provenir des actionnaires sous forme de capitaux propres. En novembre 2018, l’Ouganda a annoncé son intention de conclure un accord financier pour l’oléoduc commun avec la Tanzanie d’ici la mi-2019, ouvrant la voie à sa construction après des mois de retards au cours desquels Kampala a révisé ses calendriers de production de pétrole.

L’Ouganda a découvert des réserves de pétrole brut il y a plus de 10 ans, mais la production a été retardée à plusieurs reprises par des désaccords avec les opérateurs sur le terrain concernant la fiscalité et la stratégie de développement. Un manque d’infrastructures telles qu’un pipeline et une raffinerie ont également freiné la production.

“Nous examinons maintenant l’année 2022 pour notre première production à partir des blocs Kingfisher et Tilenga”, a déclaré le 20 février la ministre de l’énergie de l’Ouganda, Mme Irene Muloni à l’agence Reuters, en marge de la conférence Petrotech à New Delhi.

Les sociétés chinoise CNOOC et française Total et Tullow Oil ont des intérêts dans ces deux domaines. CNOOC est l’opérateur du bloc Kingfisher tandis que Total dirige l’exploration à Tilenga.

«Nous nous préparons pour la production. Nous devons construire un pipeline pour les exportations et une raffinerie pour ajouter de la valeur. Donc, à moins que ces deux projets ne soient terminés, nous ne pouvons pas commencer la production », a déclaré Mme Muloni.

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Le Niger recherche 60 milliards francs CFA sur le marché financier de l’UEMOA

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Le Niger envisage de mobiliser sur le marché financier de l’Union économique et monétaire ouest-africaine, une enveloppe de 60 milliards de francs CFA pour financer une partie de son programme d’investissement 2019. Appuyé par BICI Bourse du groupe BNP Paribas, le pays ouest-africain lance l’emprunt « TPNE 6,50% 2019-2026 ».

Le Niger prévoit une sortie sur le marché financier de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Il s’agira d’un emprunt dénommé « TPNE 6,50% 2019-2026 » qui porte sur 6.000.000 obligations de 10.000 francs CFA chacune. Conformément au tableau d’amortissement, les obligations rapporteront un intérêt annuel de 650 francs CFA et le premier coupon sera payé un an après la date de jouissance ou le premier jour ouvré suivant si ce jour n’est pas un jour ouvré. L’opération se déroulera du 25 février au 25 mars 2019.

D’après la note d’information relative à cette opération, le Niger bénéficiera de l’appui de BICI Bourse du groupe BNP Paribas. La note  a indique aussi que l’opération vise à mobiliser 60 milliards de francs CFA destinés à soutenir le Programme d’Investissement 2019 du pays.

Une croissance de 7 % en moyenne annuelle d’ici 2024

Pour amener les souscripteurs à s’intéresser à son emprunt obligataire, le Niger a dû présenter des arguments économiques. La note d’information indique que l’économie nigérienne a enregistré une croissance de 5,2% l’an dernier contre 4,9% enregistré un an plus tôt. Cette croissance a été imputée aux bonnes performances des secteurs primaire et tertiaire. Le pays s’attend à une croissance économique d’environ 7% en moyenne annuelle au cours des cinq prochaines années. Cette performance serait portée par les efforts de réforme structurelle du gouvernement nigérien ainsi que plusieurs grands projets d’investissement mis en place.

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Zimbabwe : un atelier de chaussures atypique

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Au Zimbabwe, nous découvrons une usine de fabrique de chaussures qui résiste à la fermeture en dépit de la crise économique actuelle.

C’est au milieu d’usines désaffectées à Bulawayo au Zimbabwe, que Courteney poursuit ses activités artisanales. L’entreprise de fabrique de chaussures emplois à plein temps 14 personnes toutes des hommes.

Ses atouts, une main d‘œuvre qualifiée et un savoir faire artisanal qui la démarque des autres entreprises. Ses produits, essentiellement destinés aux États-Unis, au Royaume-Uni et à l’Afrique du Sud, sont vendus coûtent de 140 à 500 dollars américains la paire.

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