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Aux Etats-Unis, Huawei entre en zone rouge

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Nouvel avis de tempête sur Huawei. Depuis plusieurs mois dans le viseur des Etats-Unis et de leurs proches alliés, qui l’accusent d’être une menace à leur sécurité nationale, le géant chinois, premier équipementier mondial de télécommunications et numéro 2 du smartphone (derrière Samsung et devant Apple), est désormais officiellement sous le coup d’inculpations par la justice américaine. Lundi, un aréopage de ministres – le procureur général par intérim Matthew Whitaker, la secrétaire à la Sécurité intérieure Kirstjen Nielsen et le secrétaire au Commerce Wilbur Ross -, accompagné des procureurs des Etats de New York et de Washington, a rendu publiques les poursuites dont fait l’objet le groupe. Et ce, alors que des pourparlers avec une délégation chinoise emmenée par le vice-Premier ministre Liu He doivent justement se tenir ce mercredi et jeudi dans la capitale américaine pour tenter de trouver une issue à la guerre commerciale que se livrent les deux superpuissances.

De quoi Huawei est-il accusé ?

Huawei fait l’objet de deux actes d’accusation distincts. Dans l’Etat de New York, l’entreprise, sa directrice financière Meng Whanzou ainsi qu’une filiale aux Etats-Unis, sont principalement accusées d’avoir contourné l’embargo des Etats-Unis sur l’Iran depuis 2007, via une société écran basée à Hongkong, Skycom. L’affaire était déjà en grande partie publique : le 1er décembre, Meng Whanzou – qui est aussi la fille du fondateur et PDG de Huawei, Ren Zhengfei – a été arrêtée à Vancouver, au Canada. Elle y est actuellement en liberté conditionnelle et doit être entendue par un juge le 6 février dans le cadre de la demande d’extradition déposée par les Etats-Unis. Il est aussi reproché à Huawei d’avoir fait obstruction à la justice en détruisant des preuves et en faisant sortir certains employés du territoire américain afin qu’ils ne soient pas entendus comme témoins.

Dans l’Etat de Washington, Huawei et sa filiale sont accusés de vol de secrets industriels – en l’espèce, un robot nommé «Tappy», développé par l’opérateur de télécommunications T-Mobile USA pour simuler un doigt humain et tester ses terminaux. L’affaire avait déjà fait l’objet d’un procès au civil en 2014, T-Mobile accusant Huawei d’avoir photographié et tenté de voler des parties de son robot.

De l’avis du directeur du FBI, Christopher Wray, ces actes d’accusation, qui alignent au total vingt-trois chefs d’inculpation, «mettent au jour les actions éhontées et persistantes de Huawei pour exploiter les sociétés et les institutions financières américaines, et pour menacer la concurrence mondiale libre et équitable». De son côté, Pékin, par la voix d’un porte-parole de son ministère des Affaires étrangères, a rapidement dénoncé des «manipulations politiques» pour «discréditer et attaquer certaines entreprises chinoises», et appelé les Etats-Unis à abandonner leur demande d’extradition.

Quant au groupe chinois lui-même, dans un communiqué transmis à la presse, il s’est dit «déçu», regrettant que sa demande de discussion avec le département américain de la Justice ait été «rejetée sans explication». L’entreprise «dément qu’elle, ou une de ses filiales ou sociétés affiliées, ait commis aucune des violations supposées de la loi américaine exposées dans l’acte d’accusation, n’a connaissance d’aucun acte répréhensible de la part de Mme Meng, et est convaincue que les tribunaux américains finiront par aboutir aux mêmes conclusions».

Quel est le contexte ?

Les problèmes de Huawei aux Etats-Unis ne sont certes pas nouveaux. En 2003, déjà, l’entreprise avait été accusée par son concurrent américain Cisco d’avoir copié du code source. Et «quand Obama a pris ses fonctions en 2008, il y a eu très rapidement des suspicions d’espionnage évoquées contre l’équipementier», rappelle Julien Nocetti, chercheur à l’Institut français des relations internationales (Ifri). Reste que le ton, ces derniers temps, s’est très nettement durci. Avec, en double toile de fond, la guerre douanière que se livrent les Etats-Unis et la Chine, et le futur déploiement des réseaux de téléphonie mobile dits de cinquième génération, la 5G, qui promet des débit bien supérieurs et des applications nouvelles tant pour les industries que pour le grand public. Un marché dans lequel l’entreprise chinoise est, de l’avis général, très bien placée. «On est d’abord dans une guerre technologique bilatérale pour la maîtrise de technologies clés, comme la 5G, poursuit Nocetti. L’enjeu, c’est aussi le leadership sur cette technologie de rupture. Et pour Trump, ou du moins son entourage qui traite de ces questions, il y a peut-être un intérêt, à terme, à aboutir à un découplage économique entre l’Occident et la Chine.»

Depuis plusieurs mois, Washington fait valoir auprès de ses alliés le risque structurel que ferait peser la présence de Huawei dans les réseaux 5G occidentaux, notamment en matière d’espionnage, et met en avant les liens supposés entre l’entreprise – dont le fondateur est un ancien ingénieur de l’armée chinoise – et Pékin. Durant l’été, le gouvernement américain a interdit l’usage des produits de Huawei et de ZTE, une autre entreprise chinoise, dans l’essentiel des systèmes des administrations publiques. Et d’après le New York Times, la Maison Blanche, qui entend étendre ce bannissement au secteur privé, planche sur un décret qui «interdirait aux entreprises américaines d’utiliser des équipements d’origine chinoise dans les réseaux critiques de télécommunications». «Des responsables américains, actuels et passés, murmurent que des rapports classifiés impliquent l’entreprise dans de possibles opérations chinoises d’espionnage, mais n’en ont rendu aucun public, écrivait samedi le quotidien américain. D’autres, au fait du dossier contre l’entreprise, disent qu’il n’y a pas de preuve tangible, mais une préoccupation accrue quant à l’affirmation de la domination technologique de la firme et aux nouvelles lois chinoises qui imposent à Huawei de se soumettre aux demandes de Pékin.» Ce que dément Ren Zhengfei. D’ordinaire très discret, le patron de l’équipementier s’est fendu à la mi-janvier d’une conférence de presse, rapportée par le Financial Times, dans laquelle il affirme que «Huawei est une entreprise indépendante, déterminée à être du côté de ses clients en matière de cybersécurité et de protection de la vie privée».

Où en est-on ?

L’arrestation de Meng Whanzou début décembre a entraîné une crise diplomatique inédite entre Pékin et Ottawa. Dans la foulée, la Chine a en effet arrêté deux ressortissants canadiens, accusés d’avoir «mis en danger la sécurité nationale», et condamné à mort, en appel, un troisième (qui avait, en première instance, écopé d’une peine de quinze ans de prison pour trafic de drogue), un mouvement largement interprété comme des représailles. Le 26 janvier, le Premier ministre canadien Justin Trudeau a limogé son ambassadeur en Chine, John McCallum, qui avait évoqué publiquement «l’implication politique de Donald Trump» dans l’affaire.

Mais en tout état de cause, l’offensif lobbying américain contre l’entreprise chinoise a en partie porté ses fruits, notamment auprès de ses plus proches alliés. En août dernier, l’Australie a écarté Huawei et ZTE du futur marché de la 5G. En novembre, le principal opérateur de télécommunications néo-zélandais, Spark, a indiqué qu’il s’était vu interdire l’utilisation des équipements Huawei pour les réseaux 5G par le Bureau gouvernemental pour la sécurité des communications, au nom de «risques significatifs pour la sécurité nationale».

Début décembre au Royaume-Uni, suite à un article du Financial Times, BT (ex-British Telecom) a confirmé vouloir expurger les parties sensibles de ses réseaux 3G et 4G des produits de l’équipementier chinois, mais aussi exclure Huawei d’une grande partie des appels d’offres pour la 5G. En Pologne, écrivait encore le New York Times samedi, «les responsables politiques sont également sous pression des Etats-Unis pour empêcher Huawei de construire son réseau de cinquième génération». Le 12 janvier, un employé de l’entreprise y a été arrêté et accusé d’espionnage, et le ministre polonais de l’Intérieur a appelé l’Union européenne à adopter une position commune pour barrer la route à Huawei.

Dans ce concert très offensif, Berlin, notamment, joue une partition un peu différente. «En Allemagne, il y a des débats politiques très nourris autour de Huawei», relève Julien Nocetti. Reste qu’il y a dix jours, le quotidien économique allemand Handelsblatt expliquait que le pays pourrait décider d’imposer des conditions de sécurité drastiques auxquelles l’équipementier chinois ne serait pas en mesure de se conformer, une manière de l’exclure des réseaux 5G sans l’afficher publiquement.

Et la France ?

En France, où les tests ont commencé et où les premiers déploiements commerciaux de la 5G sont attendus en 2020, le ton est resté feutré. Non que le géant chinois n’y fasse pas l’objet d’une vigilance particulière : en juin, Challenges révélait la mise en place, dès 2015, d’un «dispositif national de veille et d’action contre l’ingérence de Huawei en France», piloté par le Service de l’information stratégique et de la sécurité économiques (Sisse), rattaché à Bercy. Lequel, selon le magazine, «enjoint notamment aux personnels des ministères et de certaines entités publiques de limiter au maximum leurs échanges avec les salariés du groupe chinois». Il y a par ailleurs un précédent : en 2013, l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi) avait interdit à Orange d’utiliser, à La Réunion et Mayotte, les routeurs dits «de cœur de réseau» construits par Huawei et ZTE. Le risque sécuritaire posé par le déploiement de la 5G est évidemment surveillé de très près, et on craint d’ailleurs moins le risque d’espionnage que la menace sur la disponibilité des réseaux : «On ne peut pas tolérer demain, par une sorte de laisser faire, d’être dépendants du fonctionnement ou pas de nos réseaux de télécommunications, simplement parce qu’on ne sait pas trop ce qu’il y a dedans et par qui c’est contrôlé», expliquait en octobre Guillaume Poupard, patron de l’Anssi, lors du grand raout des entreprises de cybersécurité à Monaco. Pour autant, Paris s’est bien gardé de clouer Huawei au pilori.

Le gouvernement n’en a pas moins décidé de resserrer les boulons de son dispositif de contrôle. Vendredi, il a déposé un amendement à la loi Pacte (Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises), en cours d’examen au Sénat. Selon ce texte, à compter du 1er février, le déploiement des «équipements qui sont plus en périphérie du réseau, notamment les stations de base, au pied des antennes», sera soumis à l’autorisation de Matignon, explique Bercy. Le dispositif sera géré par l’Anssi.

Le ministère de l’Economie assure que l’amendement «ne cible pas un équipementier en particulier». Mardi, devant les sénateurs, Bruno Le Maire a insisté sur la nécessité d’«assurer la sécurité de technologies critiques», sans citer Huawei. Quelques jours plus tôt, devant la commission de la Défense du Sénat, son collègue des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, s’était fait plus explicite, évoquant des «risques […] en termes de place dans les réseaux centraux et la 5G» posés par l’équipementier chinois. La semaine dernière, lors du Forum international de la cybersécurité (FIC) à Lille, Guillaume Poupard plaidait pour «prendre la question de la sécurité des opérateurs sous un angle dépassionné», en évitant «les messages simples au risque d’être simplistes». A Paris, on n’oublie sans doute pas que le cas le plus documenté – publiquement du moins – d’espionnage via des équipements matériels est venu… des documents secrets de la NSA dévoilés par Edward Snowden. Lesquels montraient que l’agence de renseignement avait pour fâcheuse habitude d’intercepter des routeurs de fabrication américaine afin d’y implanter des «portes dérobées».


Amaelle Guiton

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Tanzanie et Ouganda cherchent le financement pour leur projet commun d’oléoduc.

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Les projets pétroliers et oléoducs entre la Tanzanie et l’Ouganda figureront en tête des transactions d’infrastructures de cette année dans la région, mais ces pays doivent d’abord trouver un financement.

La Tanzanie et l’Ouganda recherchent un financement de plus de 6.1milliards d’euros pour ces projets, indique un nouveau rapport de Debtwire, un service de renseignement qui effectue des recherches et établit des rapports sur les situations d’endettement des entreprises.

Selon le nouveau rapport sur financement des projets africains de Debtwire pour 2019, les secteurs du pétrole et des infrastructures sont les plus susceptibles de susciter l’intérêt des investisseurs et des financiers cette année.

La Tanzanie devrait être en tête des transactions d’infrastructure avec le projet de pipeline de pétrole brut pour l’Afrique de l’Est, dont le budget est de 3 milliards d’euros. Stanbic Bank Uganda, le principal donneur d’un prêt de 2.2 milliards d’euros, a déclaré s’attendre à ce que l’accord soit conclu en juin.

Le solde de 881 millions d’euros devrait provenir des actionnaires sous forme de capitaux propres. En novembre 2018, l’Ouganda a annoncé son intention de conclure un accord financier pour l’oléoduc commun avec la Tanzanie d’ici la mi-2019, ouvrant la voie à sa construction après des mois de retards au cours desquels Kampala a révisé ses calendriers de production de pétrole.

L’Ouganda a découvert des réserves de pétrole brut il y a plus de 10 ans, mais la production a été retardée à plusieurs reprises par des désaccords avec les opérateurs sur le terrain concernant la fiscalité et la stratégie de développement. Un manque d’infrastructures telles qu’un pipeline et une raffinerie ont également freiné la production.

“Nous examinons maintenant l’année 2022 pour notre première production à partir des blocs Kingfisher et Tilenga”, a déclaré le 20 février la ministre de l’énergie de l’Ouganda, Mme Irene Muloni à l’agence Reuters, en marge de la conférence Petrotech à New Delhi.

Les sociétés chinoise CNOOC et française Total et Tullow Oil ont des intérêts dans ces deux domaines. CNOOC est l’opérateur du bloc Kingfisher tandis que Total dirige l’exploration à Tilenga.

«Nous nous préparons pour la production. Nous devons construire un pipeline pour les exportations et une raffinerie pour ajouter de la valeur. Donc, à moins que ces deux projets ne soient terminés, nous ne pouvons pas commencer la production », a déclaré Mme Muloni.

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Le Niger recherche 60 milliards francs CFA sur le marché financier de l’UEMOA

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Le Niger envisage de mobiliser sur le marché financier de l’Union économique et monétaire ouest-africaine, une enveloppe de 60 milliards de francs CFA pour financer une partie de son programme d’investissement 2019. Appuyé par BICI Bourse du groupe BNP Paribas, le pays ouest-africain lance l’emprunt « TPNE 6,50% 2019-2026 ».

Le Niger prévoit une sortie sur le marché financier de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Il s’agira d’un emprunt dénommé « TPNE 6,50% 2019-2026 » qui porte sur 6.000.000 obligations de 10.000 francs CFA chacune. Conformément au tableau d’amortissement, les obligations rapporteront un intérêt annuel de 650 francs CFA et le premier coupon sera payé un an après la date de jouissance ou le premier jour ouvré suivant si ce jour n’est pas un jour ouvré. L’opération se déroulera du 25 février au 25 mars 2019.

D’après la note d’information relative à cette opération, le Niger bénéficiera de l’appui de BICI Bourse du groupe BNP Paribas. La note  a indique aussi que l’opération vise à mobiliser 60 milliards de francs CFA destinés à soutenir le Programme d’Investissement 2019 du pays.

Une croissance de 7 % en moyenne annuelle d’ici 2024

Pour amener les souscripteurs à s’intéresser à son emprunt obligataire, le Niger a dû présenter des arguments économiques. La note d’information indique que l’économie nigérienne a enregistré une croissance de 5,2% l’an dernier contre 4,9% enregistré un an plus tôt. Cette croissance a été imputée aux bonnes performances des secteurs primaire et tertiaire. Le pays s’attend à une croissance économique d’environ 7% en moyenne annuelle au cours des cinq prochaines années. Cette performance serait portée par les efforts de réforme structurelle du gouvernement nigérien ainsi que plusieurs grands projets d’investissement mis en place.

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Zimbabwe : un atelier de chaussures atypique

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Au Zimbabwe, nous découvrons une usine de fabrique de chaussures qui résiste à la fermeture en dépit de la crise économique actuelle.

C’est au milieu d’usines désaffectées à Bulawayo au Zimbabwe, que Courteney poursuit ses activités artisanales. L’entreprise de fabrique de chaussures emplois à plein temps 14 personnes toutes des hommes.

Ses atouts, une main d‘œuvre qualifiée et un savoir faire artisanal qui la démarque des autres entreprises. Ses produits, essentiellement destinés aux États-Unis, au Royaume-Uni et à l’Afrique du Sud, sont vendus coûtent de 140 à 500 dollars américains la paire.

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