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Arts et Spectacles

Bertrand Belin se concrétise – Culture / Next

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Casquette et veste de costard, écharpe et chemise à fleurs. Un chic de bric et de broc, charme du télescopage. Bertrand Belin, un après-midi glacial de début janvier. Il aimerait fumer, las, l’interdiction ne souffre pas dérogation dans les locaux de son label. Il regrette mais s’y plie sans humeur, se dirige vers les fauteuils en cuir bien cosy. On leur préfère la table, plus formelle mais plus propice à la prise de notes. Pas de problème. A un moment donné, le plafond-verrière fait comme entrer la pluie dans la pièce, effet magnifique – il le note aussi, apprécie, accepte la parenthèse. Belin est fluide, zen. On est pourtant à quelques encablures de la sortie de Persona, son sixième album très attendu, omniprésent dans les listes des meilleures promesses de 2019 alors que longtemps, le «crooner-rockeur de Quiberon» (quoiqu’installé à Paris depuis une trentaine d’années) n’a surgi que par quasi-miracle, sur France Inter ou FIP, ou n’était décrit que par comparaison – à Bashung notamment pour la voix de basse et le lyrisme en dedans, retenu, mat. En clair : à 48 ans, dont treize à son compte comme auteur-compositeur-interprète après avoir été guitariste pour d’autres, Belin est en train de passer de challenger à valeur certifiée.

Embrasser l’intuition

Qui dit Persona, dit Bergman (Ingmar). Film colossal, patrimonial, irréfutable Persona. S’emparer de pareil totem, il fallait oser, au risque de se retrouver encalminé dans l’équation «charmante sensation de la chanson française» versus «légende planétaire de l’allégorie métaphysico-artistique». Belin, bonhomme : «Bien sûr, Bergman revient souvent dans les questions, mais bon… On m’a dit qu’une exposition passée au Quai-Branly, sur l’animisme et le rapport de l’homme aux objets, s’intitulait aussi comme ça…» Il nous apprend que persona désigne également une pratique marketing qui consiste à créer un être fictif pour donner corps à une cible, à partir des desiderata d’un client. Et chez Jung, la persona est un masque, l’image que se donne un individu et/ou que lui prête la société. Persona est partout, en somme, alors pourquoi pas chez lui qui, oui, a vu le film et le recommande.

Bertrand Belin désamorce le lien écrasant en se plaçant sur un autre plan, plastique : «Ce mot, persona, a des qualités graphiques et sonores, c’est une belle coquille vide, comme un ectoplasme.» Il rejoint en cela Bergman, qui prônait de ne pas chercher à comprendre son film mais de vivre «une expérience émotionnelle». On met notre corps tout entier au feu que Belin pourrait faire sienne cette invite, lui que l’explicitation rebute, qui se réclame d’une «obédience poétique», qui crée ses chansons dans un work in progress simultané entre musique et paroles, qui embrasse l’intuition : «Je suis mon besoin d’exprimer, je ne fais pas de plan. Ce qui relève de la volonté, c’est la construction d’un monde, la fabrication d’une forme qui va me renvoyer à un sentiment d’harmonie.»

Du Belin pur sucre, ces deux phrases : très simples et raffinées à la fois, limpides et abyssales en ce qu’elles charrient de possibilités et d’enjeux, carrément existentiels. Les mots n’ont rien de particulier mais il les agence et les prononce d’une façon qui sort de la torpeur, interroge, harponne. Du beau bizarre qui caractérise ses propos et surtout sa production, musicale et littéraire. Tels Persona mais aussi Grands Carnivores, son troisième roman, qui paraît simultanément – tandis qu’arrive sur les écrans Ma Vie avec James Dean de Dominique Choisy, dont il signe la BO et où il joue un petit rôle : sous ses airs nonchalants, Belin est un derviche tourneur.

Fauves échappés

Persona affirme une liberté, déploie une singularité, que confirme Grands Carnivores – et réciproquement. Les deux supposent d’ailleurs de l’apprivoisement. Car s’ils sont mélodiques, c’est comme toujours chez Belin étrangement, sans programme ostensible et sans prévenir, avec hoquets, ellipses, répétitions, tangentes, voire tête-à-queue, «un monde», effectivement. La porte est grande ouverte, Belin ne se dit jamais «que musicien», surtout pas théoricien. Encore faut-il passer le premier palier. A commencer par ce Bec aux échos de haïku qui introduit Persona, si concis qu’on peut le citer en totalité : «Petit à petit / Petit à petit / Petit à petit / L’oiseau / L’oiseau fait son bec / Arrive un matin / Un matin / Il a son bec / Son bec / Et quand vient le soir / Qui vient à coup sûr / Il veut avoir dit quelque chose / Avec / A-t-il eu le temps seulement / Est-il un volcan dormant / A-t-il eu le temps seulement / Est-il un volcan dormant / oh oh oh oh oh oh oh.» L’orgue sépulcral renforce le côté serment ou testament. A partir de là, le récit et la rythmique (avec synthétiseurs aux avant-postes, nouveauté chez Belin) s’étoffent. Glissé redressé est immédiatement addictif, avec cette flèche programmatique qui se fiche en tête façon mantra, «On annonce un été de Canadairs» et «J’ai glissé / Dans la diagonale sioux / Dans la boue/ Dans l’allure dieu des hiboux / Dans la rose blanche de Corfou / Dans la tombe marine de Portbou», qui s’enroule comme le ruban d’une gymnaste rythmique. Idem de Choses nouvelles, joyau sur l’absence de l’autre qui nous perfore («La nuit / Je parle / Je parle seul / Je te parle tout seul / Pour te dire des choses nouvelles / Je chéris ton cœur / Adoré») sur une assise basique, ce «banc mal gaulé». Sous les lilas, qui lui succède, fait se croiser fortuitement deux ex-amoureux et tout y est : les sens réactivés, le temps irrattrapable, la nostalgie inutile, l’embarras («J’avale / Je respire / Comment te dire / Comment te cacher / Ça doit se voir / Tu dois le sentir»).

Dans Grands Carnivores, c’est une société, la population d’une ville sans nom mais avec un port, qui est gagnée par le malaise après un fait pourtant rituel, annuel : l’arrivée d’un cirque en ville. C’est qu’une douzaine de fauves se seraient échappés, dit bientôt une rumeur qui se répand comme une traînée de poudre, avec la crainte collatérale d’être bouffé tout cru. Le «valet de cage» en est pourtant certain, il a fait son boulot. Il répète, à son employeur, à ses collègues, aux enquêteurs, à lui-même, en boucle : «J’ai bâché, j’ai fait la paille, l’eau, un coup de râteau sur la merde, j’ai regardé ce qui traînait comme os, j’ai fermé, et après, comme il allait pleuvoir, je suis allé jusqu’aux billetteries aider les gars à mettre d’aplomb le plancher et je suis rentré manger ma soupe, ce n’est pas possible autrement.» D’ordinaire anecdotique, invisible, le valet est celui par lequel le chaos arrive, cette inquiétude qui menace « l’ordre des choses» défendu bec et ongles par «le récemment promu nouveau directeur des entreprises de boulons». Celui-là, le notable, mène le livre, et il prend cher, «asservisseur patenté» bouffi de gras autant que de haine, notamment pour son propre frère, artiste peintre («barbouilleur», «parasite»). Fable et farce sise sans époque non plus, Grands Carnivores résonne avec l’actualité, les gilets jaunes, mais aussi la question féministe – ces pages sur l’épouse et la fille du «récemment promu», qui les étouffe de tout son patriarcat.

Conteur fantasque

C’est ce que l’on constate à l’usage : Bertrand Belin, qui peut apparaître comme perché, expérimental, est pourtant bien ancré dans le concret, celui de l’humain au quotidien, dans tous ses états de fragilité – isolement, rupture sociale, affective, précarité, déclassement, violence. Persona est d’ailleurs l’album le plus ouvertement social du fils de pêcheur titulaire d’un CAP d’électricien. De corps et d’esprit évoque les migrants («Quelqu’un de transi / Quelqu’un qui fuit / Qui cherche un pays / Pour vivre / Vivant»), Sur le cul comme Grand Duc renvoient à la rue, la vie dans la rue, à hauteur de trottoir, Camarade pourrait servir de BO à son roman, écrit comme les précédents dans les entre-deux d’une tournée. Mais il n’y a pas manifeste, le chant n’est pas lamento, et la mélancolie constitutive est traversée de cocasse, d’ironie, d’absurde. Belin : «A l’évidence, je suis travaillé par ces questions, la hiérarchie sociale, le tableau social. Mais je suis artiste, moi, pas sociologue ou historien. […] Des percées de joie et de déconnade, c’est aussi mon combat personnel, pour le rapport de complicité que je voudrais engager avec les gens qui m’écoutent. C’est quelque chose que Philippe Katerine réussit formidablement, il a à la fois un propos et s’est construit un espace de liberté.» Sur scène, Belin le saturnien s’avère conteur fantasque, rigolo limite zigoto. Et dans ses clips, qu’il réalise souvent lui-même, il danse façon pantin plus ou moins désarticulé. Il en dit, enthousiaste : «Etre un danseur médiocre qui danse peut créer un monstre avec peu de moyens, ça montre des inaptitudes que j’ai et ça me fait du bien de me voir un peu ridicule, ça me repose… C’est une expression qui n’est pas contrôlée par une méthode ou un savoir, c’est grotesque, carnavalesque, ça permet de faire parler une autre personne que soi.»

S’exprimer, tous azimuts, oser même sans avoir appris : c’est le grand luxe de Bertrand Belin, autodidacte venu ado à la musique dans le sillage d’un frère aîné, mais tard au récit : «Il n’y avait pas de place pour la lecture dans mon enfance, les livres ne faisaient pas partie de notre milieu.» La littérature est venue par une amoureuse, en vacances à Quiberon. C’est vers elle et sa famille parisienne qu’il s’est tourné quand côtoyer son père alcoolique et violent n’a plus été tenable. Et de la lecture a découlé l’écriture. Parfois, il retombe sur des carnets, s’afflige, de son orthographe notamment – «Ça me ramène à des choses…» «Mais mes thèmes sont déjà là, c’est frappant.»

Depuis deux ans, le tailleur de mots jusqu’à l’os est «à fond dans Beckett», dont il loue «le maniement de l’infernal et du comique, la tension vers zéro, la portée des actes… Mais bon, je m’y intéresse en profane, comme ma mère à son jardin, à la botanique… C’est un espace pour respirer». Il est resté sur le cul quand Paul Otchakovsky-Laurens (feu P.O.L) a décidé de le publier, après recommandation d’Eric Reinhardt. «Ça restera toute la vie, je pense. En revanche, j’ai pris position : d’écrire quand même.» D’avoir voix au chapitre, littéralement.


Sabrina Champenois Photo Ludovic Carême

Bertrand Belin Persona (Cinq7/Wagram Music). Grands Carnivores P.O.L, 176 pp., 16 €.

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«A cause des filles..?», cœurs à marée basse

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Bonheur de retrouver le meilleur Pascal Thomas. On en suivait le talent intermittent depuis sa dernière œuvre majeure, la Dilettante (1999), et la fâcherie fâcheuse avec Jacques Lourcelles, son scénariste attitré (et le critique essentiel que l’on sait). Le revoici, le cinéaste fantasque de la communauté improbable, du phalanstère éphémère, de la réunion étoilée. Réunion de groupe qui fort heureusement n’excédera pas le temps du film, de ses histoires entremêlées, en une dispersion, après la chanson finale, évitant à des figures aimables parce que singulières de se rabougrir en classe moyenne recroquevillée, corps en bloc cocardier, esprit de clocher. Le temps d’un voyage, d’un mariage, d’une saison de jeunesse ou de vacances entre amis, des personnages sont regroupés pour une occasion un peu oiseuse, pour une coexistence vaille que vaille qu’il faut bien égayer, et qui ne trouvent rien à faire d’autre que de raconter des histoires, que de se (la) raconter un peu. Et puis s’en vont.

Ragots. A cause des filles..? reprend la trame d’un précédent film de 1981 de Pascal Thomas, Celles qu’on n’a pas eues, dans lequel un petit groupe improvisé d’hommes (et une femme) coincés dans un compartiment de train, le temps du trajet, se remémoraient leurs meilleurs échecs amoureux à tour de rôle. Le principe est ici identique : à tire-d’aile et à tour de rôle – sur fond étale du bassin d’Arcachon, ses cieux changeants et ses puissantes nuances de gris, tout au long d’un festin gêné et arrosé – se déploie le récit à tiroirs de déconvenues amoureuses, un film à sketchs si l’on veut, comme certaines comédies italiennes ou les Buñuel tardifs (type le Fantôme de la liberté ou le Charme discret de la bourgeoisie), à cause de cette construction en historiettes et saynètes s’enfonçant toujours plus loin dans le fantastique. Et la satire bourgeoise.

L’occasion oiseuse ici : un mariage est célébré qui tourne au fiasco. Le marié s’enfuit avec une femme mystérieuse en décapotable et foulard de soie venue le cueillir à la sortie de l’église. La mariée et tous les convives se retrouvent attablés en bord de mer dans une ambiance à marée basse, au pied d’un phare, à gober des huîtres et à boire du blanc en patientant pour un improbable retour du «noceur» échappé. Autour des tables et des goélands, dans le faux embarras général et les ragots divertis, chacun y va de sa petite histoire indirecte, sa confession quant aux surprises de l’amour. Bonnes, mauvaises, les loupés du cœur, toujours. Les dupés de l’aventure rocambolesque se suivent sans se ressembler, entre pure farce (l’épisode hilarant du faux peintre et de la vraie muse, du Tartuffe dans une leçon de littérature leste, du cambriolage par des Musidora encagoulées en cours d’adultère ficelé) et poésie décalée «éromystique» – bel épisode de la maîtresse du veuf pervers, ou du vieil homme et la mort. Parfois, on se croirait chez Mocky, ou chez Brisseau.

Punition. On est bien chez Pascal Thomas. La libre gratuité de ce cinéma en fait le charme insigne, tant c’est devenu saugrenu. Comme il y a encore Mocky et Brisseau, donc, comme il y avait Jacques Rozier, perdu de vue depuis Fifi Martingale (2001), comme il y a Joseph Morder et comme il y a Pierre Léon, subsiste ce cinéma des «quatre coins» (comme le jeu). Chacun dans son coin, tous échangent et échappent à leur poste, se relaient au centre, la solitude en punition. Ce mercredi, c’est Pascal Thomas qui s’y colle, remontant sur les planches de son théâtre français, avec ses acteurs fendards, cinéma de la classe moyenne et des ridicules des hommes aspirant à une communauté inavouable, de filles et de garçons, telle une troupe qu’on emmènerait partout avec soi. Pour montrer quoi ? Par exemple : le geste insolite et drôle, et beau, d’attraper une mouche dans la chambre d’une morte.


Camille Nevers

A cause des filles..? de Pascal Thomas avec François Morel, José Garcia, Rossy de Palma, Audrey Fleurot, Pierre Richard… 1 h 40.

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Norah Jones s’invite au 40 e Festival international de jazz de Montréal

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La célèbre auteure-compositrice-interprète américaine Norah Jones présentera un spectacle le 27 juin prochain dans la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, dans le cadre du 40e Festival international de jazz de Montréal (FIJM).

L’artiste a annoncé lundi une nouvelle série de concerts en tournée nord-américaine, qui débute le 18 juin à Pittsburgh, au Massachusetts, et qui inclut un arrêt au FIJM. Les billets seront en vente le 1er février à 10 h.

Norah Jones a vendu plus de 50 millions d’albums en carrière, et remporté neuf prix Grammy, dont le prix du « meilleur nouvel artiste », en plus d’avoir été récipiendaire de deux prix « enregistrement de l’année » et deux fois « album de l’année ».

En novembre dernier, le festival avait dévoilé une bonne partie des artistes invités à jouer dans la métropole cet été, qui inclut la chanteuse et musicienne Melody Gardot, la légende de la guitare jazz George Benson, l’ensemble de musiciens Pink Martini, la pianiste et compositrice montréalaise Alexandra Stréliski et la diva jazz Dianne Reeves.

Le Festival international de jazz de Montréal se déroulera du 27 juin au 6 juillet 2019.

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Lac-Mégantic et Netflix : Ottawa demande le retrait des images et une compensation

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Les députés ont approuvé la motion présentée par le néo-démocrate Pierre Nantel concernant ces séquences vidéo que l’on voit notamment dans le très populaire film Bird Box.

La Chambre demande que Netflix « retire de son catalogue de fiction toute image de la tragédie de Lac-Mégantic » et « compense financièrement la communauté de Lac-Mégantic pour avoir utilisé ces images à des fins de divertissement ».

Au bureau du ministre du Patrimoine canadien, Pablo Rodriguez, on a affirmé mardi soir que l’on comprenait « parfaitement la consternation des Méganticois face à l’utilisation des images de la tragédie ».

Il est « désolant de voir Netflix utiliser ces images » et « l’entreprise devrait [les] retirer », a-t-on ajouté.

Des excuses de Netflix

L’utilisation des images de la catastrophe ferroviaire survenue en juillet 2013 a suscité l’indignation, notamment celle de la ministre de la Culture du Québec, Nathalie Roy. Elle avait ainsi écrit à l’entreprise pour lui demander de procéder à leur retrait.

La société n’a pas accédé à cette demande, mais dans une lettre envoyée la semaine dernière à la ministre, Netflix a présenté ses excuses et promis de faire mieux à l’avenir.

Dans cette missive, la directrice des politiques publiques chez Netflix, Corie Wright, a assuré avoir présenté ses excuses directement à la mairesse de Lac-Mégantic, Julie Morin.

L’entreprise de diffusion de contenu en ligne a argué que l’utilisation d’images d’archives constituait une pratique courante et répandue dans l’industrie du cinéma et de la télévision.

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