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Arts et Spectacles

Rohmer «était fasciné par les débuts des jeunes dans la vie active»

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Producteur, dialoguiste, metteur en scène, Eric Rohmer faisait tout sur ses propres films, et même passer le balai quand il était nerveux. Mais ce qu’il faisait comme nul autre, c’était de révéler des acteurs en leur soumettant des rôles miroirs, puissamment attractifs. De Fabrice Luchini à Arielle Dombasle en passant par Pascale Ogier, Marie Rivière et Pascal Greggory, nombreux sont ceux qui ont débuté au cinéma grâce à lui. A l’occasion d’une rétrospective à la Cinémathèque française, à Paris, de ressorties en salles et d’une programmation spéciale sur Arte, rencontre avec deux de ses acteurs fétiches.

Marie Rivière 

Actrice dans la Femme de l’aviateur, le Rayon vert et Un conte d’automne. Auteure du documentaire En compagnie d’Eric Rohmer.

«J’aurais pu ne pas être actrice. J’avais le désir de l’être mais, si je n’avais pas rencontré Eric Rohmer,cela ne serait sans doute resté qu’un rêve. Après avoir vu l’Amour l’après-midi, je lui avais envoyé une petite photo de moi en short, avec des sabots, les cheveux ultracourts et une lettre. Je n’avais aucune idée d’à quoi devait ressembler une actrice, et j’avais posté la seule photo que j’avais. Il m’a appelée, la voix fut le premier lien, et on a commencé à se voir très régulièrement. Je n’ai pas le souvenir qu’il me posait des questions intimes. On parlait de tout et de rien, autour d’un thé. J’étais en galère, car sans logement, et Rohmer m’a dépannée en me trouvant une sous-location de sous-location, qui sert de décor dans la Femme de l’aviateur : c’est la chambre de François, mon amoureux éconduit. Quand j’ai lu le script, j’ai dit à Rohmer que je trouvais mon personnage épouvantable. Il m’a dit : «« Certes, mais elle est particulière. Elle refuse le couple. » J’ai compris qu’il s’agissait d’une histoire personnelle qui datait de sa prime jeunesse. Il m’offrait le rôle pour me changer les idées, parce que je venais de me faire plaquer par un acteur dont j’étais très amoureuse. On a beaucoup répété, car il voulait être certain que j’étais capable de pleurer pile au bon fragment de phrase au milieu d’un monologue, et qu’on ne faisait qu’une prise. Je n’ai jamais entendu nos conversations restituées dans un film.

«Dans le Rayon vert, certes, il est attentif à ma solitude mais elle n’avait jamais été un sujet. Le film était une tentative de capter le temps réel, mon présent, sans préméditation. Personne ne savait ce qui allait se passer. Rohmer n’avait pas fait de repérages, ne connaissait pas les lieux où on allait tourner, il avait juste demandé à Rosette – l’une de ses actrices – si elle pouvait nous accueillir à Cherbourg. Tout était improvisé, c’était assez audacieux de me choisir, car je parle peu, je m’exprime mal, je n’ai pas de bagou. La seule chose dont on était certains, c’était que le film se terminerait sur mon personnage et un garçon regardant le rayon vert. On était filmés en contrebas d’un talus et la mer n’était évidemment pas en face de nous, mais derrière… c’est quand même du cinéma. Contrairement à Delphine que j’interprète, je n’ai donc jamais vu le rayon vert ! Cette fin de journée, Eric était d’extrême mauvaise humeur car, à cause du coucher du Soleil, on avait trente secondes pour tourner une prise décisive. Quand j’ai découvert le film, Delphine m’est apparue totalement étrangère à moi, aussi bien physiquement que dans ce qu’elle dit. Tandis que lorsqu’on tournait, je n’avais pas le sentiment de jouer un personnage, mais d’offrir à Eric ce qu’il attendait. J’étais heureuse de dire des choses tristes parce qu’il les sublimait. Par la suite, le Rayon vert a reçu le lion d’or à Venise, et j’ai été complètement identifiée à ce film. Pendant la projection de gala, j’entendais la respiration retenue des spectateurs. Quand je crie « oui » dans le silence en voyant la fameuse lumière verte, c’est d’une impudence totale, bien plus que si je m’étais mise nue. Rohmer appréciait la modération, et pourtant il lui est arrivé, à trois reprises, de me surprendre par des propos qui rompaient avec sa retenue. Je lui avais demandé pourquoi, sur le Rayon vert, l’équipe technique était féminine. Il m’avait répondu : « Parce qu’elles mangent moins ! » Une autre fois, il m’avait lancé : « Quand on ne peut faire l’amour avec quelqu’un, on fait un film avec elle. » J’avais été estomaquée. Quant à la troisième phrase, je ne la répéterai jamais.»

Pascal Greggory

Au théâtre, acteur dans la Petite Catherine de Heilbronn de Kleist et dans Trio en mi-bémol. Acteur dans le Beau Mariage, Pauline à la plage et l’Arbre, le Maire et la Médiathèque.

Prod DB © Films du Losange / DR
PAULINE Ë LA PLAGE  de Eric Rohmer 1983 FRA
avec Arielle Dombasle et Pascal Greggory
drague, seductionArielle Dombasle et Pascal Greggory dans Pauline à la plage (1983). Photo TCD

«Eric Rohmer avait deux maisons étanches : sa vie familiale et son bureau où il se rendait, de 10 heures à 19 heures, quoi qu’il arrive. On ne connaissait rien de sa vie privée et sa famille ne connaissait rien de nous. Un soir, juste avant une représentation de la Petite Catherine de Heilbronn, de Kleist, qu’il montait à Nanterre en 1979, il est entré très vite dans ma loge, a ouvert son portefeuille, est reparti quasi en courant. J’avais eu juste le temps d’entrapercevoir la ressemblance entre son fils et moi. On n’en a jamais parlé. Pendant toutes mes années d’apprentissage, Eric Rohmer a constitué mon monde, il a fait mon éducation littéraire et cinématographique, m’a appris une discipline de travail. Je passais très souvent à son bureau à l’improviste, j’y retrouvais d’autres acteurs, Rosette, Pascale Ogier, Marie Rivière, c’était joyeux, on était très insouciant, mais lui avait un grand intérêt de ce qu’on lui apportait et qu’il ignorait : l’air du dehors.

«Il était fasciné par les débuts des jeunes gens dans la vie active et on était des passeurs entre la société et lui. Je n’ai jamais eu le sentiment d’être déconsidéré par rapport aux personnages centraux de ses films, qui sont presque toujours une jeune fille. J’étais un peu paresseux, j’avais tendance à ne pas apprendre impeccablement mon texte, à en réécrire des petits bouts sur une feuille comme on prépare une antisèche, ça le mettait hors de lui et le faisait rire. Nous, les acteurs, apportions ce qu’on était avec une totale confiance et ingénuité. Quand il disait moteur, j’avais l’impression de continuer d’être moi-même avec les mots des autres. Il y a un an, j’ai tourné avec une cinéaste chinoise, Quin Yuan, qui m’a choisie explicitement en tant qu’acteur de Rohmer. Mon personnage a le même prénom que celui que je joue dans Pauline à la plage et porte, comme lui, une marinière. Une boucle ? Je me souviens que Rohmer était très heureux qu’on puisse partir de la maison travailler avec d’autres que lui. Comme tout Pygmalion ou mentor, il voulait que ses personnages s’émancipent. Mais la seule de ses actrices promise à une grande carrière fut, de toute évidence, Pascale Ogier.»


Anne Diatkine

Rétrospective éric Rohmer à la Cinémathèque française (75012). Jusqu’au 11 février. Rens. : Cinematheque.fr Sur Arte programmation spéciale Eric Rohmer dans la nuit du samedi 19 au dimanche 20 janvier, et le lundi 21.

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«A cause des filles..?», cœurs à marée basse

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Bonheur de retrouver le meilleur Pascal Thomas. On en suivait le talent intermittent depuis sa dernière œuvre majeure, la Dilettante (1999), et la fâcherie fâcheuse avec Jacques Lourcelles, son scénariste attitré (et le critique essentiel que l’on sait). Le revoici, le cinéaste fantasque de la communauté improbable, du phalanstère éphémère, de la réunion étoilée. Réunion de groupe qui fort heureusement n’excédera pas le temps du film, de ses histoires entremêlées, en une dispersion, après la chanson finale, évitant à des figures aimables parce que singulières de se rabougrir en classe moyenne recroquevillée, corps en bloc cocardier, esprit de clocher. Le temps d’un voyage, d’un mariage, d’une saison de jeunesse ou de vacances entre amis, des personnages sont regroupés pour une occasion un peu oiseuse, pour une coexistence vaille que vaille qu’il faut bien égayer, et qui ne trouvent rien à faire d’autre que de raconter des histoires, que de se (la) raconter un peu. Et puis s’en vont.

Ragots. A cause des filles..? reprend la trame d’un précédent film de 1981 de Pascal Thomas, Celles qu’on n’a pas eues, dans lequel un petit groupe improvisé d’hommes (et une femme) coincés dans un compartiment de train, le temps du trajet, se remémoraient leurs meilleurs échecs amoureux à tour de rôle. Le principe est ici identique : à tire-d’aile et à tour de rôle – sur fond étale du bassin d’Arcachon, ses cieux changeants et ses puissantes nuances de gris, tout au long d’un festin gêné et arrosé – se déploie le récit à tiroirs de déconvenues amoureuses, un film à sketchs si l’on veut, comme certaines comédies italiennes ou les Buñuel tardifs (type le Fantôme de la liberté ou le Charme discret de la bourgeoisie), à cause de cette construction en historiettes et saynètes s’enfonçant toujours plus loin dans le fantastique. Et la satire bourgeoise.

L’occasion oiseuse ici : un mariage est célébré qui tourne au fiasco. Le marié s’enfuit avec une femme mystérieuse en décapotable et foulard de soie venue le cueillir à la sortie de l’église. La mariée et tous les convives se retrouvent attablés en bord de mer dans une ambiance à marée basse, au pied d’un phare, à gober des huîtres et à boire du blanc en patientant pour un improbable retour du «noceur» échappé. Autour des tables et des goélands, dans le faux embarras général et les ragots divertis, chacun y va de sa petite histoire indirecte, sa confession quant aux surprises de l’amour. Bonnes, mauvaises, les loupés du cœur, toujours. Les dupés de l’aventure rocambolesque se suivent sans se ressembler, entre pure farce (l’épisode hilarant du faux peintre et de la vraie muse, du Tartuffe dans une leçon de littérature leste, du cambriolage par des Musidora encagoulées en cours d’adultère ficelé) et poésie décalée «éromystique» – bel épisode de la maîtresse du veuf pervers, ou du vieil homme et la mort. Parfois, on se croirait chez Mocky, ou chez Brisseau.

Punition. On est bien chez Pascal Thomas. La libre gratuité de ce cinéma en fait le charme insigne, tant c’est devenu saugrenu. Comme il y a encore Mocky et Brisseau, donc, comme il y avait Jacques Rozier, perdu de vue depuis Fifi Martingale (2001), comme il y a Joseph Morder et comme il y a Pierre Léon, subsiste ce cinéma des «quatre coins» (comme le jeu). Chacun dans son coin, tous échangent et échappent à leur poste, se relaient au centre, la solitude en punition. Ce mercredi, c’est Pascal Thomas qui s’y colle, remontant sur les planches de son théâtre français, avec ses acteurs fendards, cinéma de la classe moyenne et des ridicules des hommes aspirant à une communauté inavouable, de filles et de garçons, telle une troupe qu’on emmènerait partout avec soi. Pour montrer quoi ? Par exemple : le geste insolite et drôle, et beau, d’attraper une mouche dans la chambre d’une morte.


Camille Nevers

A cause des filles..? de Pascal Thomas avec François Morel, José Garcia, Rossy de Palma, Audrey Fleurot, Pierre Richard… 1 h 40.

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Norah Jones s’invite au 40 e Festival international de jazz de Montréal

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La célèbre auteure-compositrice-interprète américaine Norah Jones présentera un spectacle le 27 juin prochain dans la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, dans le cadre du 40e Festival international de jazz de Montréal (FIJM).

L’artiste a annoncé lundi une nouvelle série de concerts en tournée nord-américaine, qui débute le 18 juin à Pittsburgh, au Massachusetts, et qui inclut un arrêt au FIJM. Les billets seront en vente le 1er février à 10 h.

Norah Jones a vendu plus de 50 millions d’albums en carrière, et remporté neuf prix Grammy, dont le prix du « meilleur nouvel artiste », en plus d’avoir été récipiendaire de deux prix « enregistrement de l’année » et deux fois « album de l’année ».

En novembre dernier, le festival avait dévoilé une bonne partie des artistes invités à jouer dans la métropole cet été, qui inclut la chanteuse et musicienne Melody Gardot, la légende de la guitare jazz George Benson, l’ensemble de musiciens Pink Martini, la pianiste et compositrice montréalaise Alexandra Stréliski et la diva jazz Dianne Reeves.

Le Festival international de jazz de Montréal se déroulera du 27 juin au 6 juillet 2019.

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Lac-Mégantic et Netflix : Ottawa demande le retrait des images et une compensation

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Les députés ont approuvé la motion présentée par le néo-démocrate Pierre Nantel concernant ces séquences vidéo que l’on voit notamment dans le très populaire film Bird Box.

La Chambre demande que Netflix « retire de son catalogue de fiction toute image de la tragédie de Lac-Mégantic » et « compense financièrement la communauté de Lac-Mégantic pour avoir utilisé ces images à des fins de divertissement ».

Au bureau du ministre du Patrimoine canadien, Pablo Rodriguez, on a affirmé mardi soir que l’on comprenait « parfaitement la consternation des Méganticois face à l’utilisation des images de la tragédie ».

Il est « désolant de voir Netflix utiliser ces images » et « l’entreprise devrait [les] retirer », a-t-on ajouté.

Des excuses de Netflix

L’utilisation des images de la catastrophe ferroviaire survenue en juillet 2013 a suscité l’indignation, notamment celle de la ministre de la Culture du Québec, Nathalie Roy. Elle avait ainsi écrit à l’entreprise pour lui demander de procéder à leur retrait.

La société n’a pas accédé à cette demande, mais dans une lettre envoyée la semaine dernière à la ministre, Netflix a présenté ses excuses et promis de faire mieux à l’avenir.

Dans cette missive, la directrice des politiques publiques chez Netflix, Corie Wright, a assuré avoir présenté ses excuses directement à la mairesse de Lac-Mégantic, Julie Morin.

L’entreprise de diffusion de contenu en ligne a argué que l’utilisation d’images d’archives constituait une pratique courante et répandue dans l’industrie du cinéma et de la télévision.

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