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La justice japonaise charge un peu plus Carlos Ghosn

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Et de trois. Alors que sa garde à vue arrive ce jour à expiration, Carlos Ghosn a appris ce vendredi dans sa cellule du centre détention Kosuge, au nord Tokyo, qu’il venait d’écoper de deux nouveaux chefs d’inculpation. Ses avocats menés par Motonari Otsuru ont immédiatement demandé une libération sous caution, tout en admettant qu’elle avait peu de chance d’aboutir. L’avenir semble s’assombrir encore pour l’ancien patron tout-puissant de l’alliance Renault Nissan Mitsubishi, maintenu en détention depuis son arrestation surprise le 19 novembre, qui semble désormais ne plus pouvoir échapper à un procès.

Carlos Ghosn avait déjà été mis en examen le 10 décembre pour avoir minoré ses revenus de 5 milliards de yens (environ 40 millions d’euros) dans des rapports financiers annuels de Nissan de 2010 à 2015. Il est désormais mis en examen pour avoir poursuivi cette pratique sur les trois derniers rapports financiers, de 2015 à 2018, pour un montant de 4 milliards de yens (environ 32 millions d’euros). Le troisième chef d’accusation, pour «abus de confiance aggravé», concerne un stratagème complexe grâce auquel Carlos Ghosn aurait fait passer dans les comptes de Nissan des pertes sur des investissements personnels lors de la crise financière de 2008. La somme incriminée s’élève cette fois à 1,85 milliard de yens (environ 15 millions d’euros).

Renault sous pression

Mardi à Tokyo, lors de sa première comparution devant un juge, le dirigeant de 64 ans avait clamé son innocence. «J’ai été accusé à tort et détenu injustement sur la base d’accusations sans valeur ni fondement», avait affirmé d’une voix forte le président déchu de Nissan qui était arrivé menotté, ceinturé d’une corde et chaussé de simples slippers, ces claquettes en plastique prisées par les Japonais pour se déplacer dans les lieux publics une fois déchaussés. Mais ce court plaidoyer n’a pas apparemment pas convaincu le juge et la litanie de mauvaises nouvelles n’est sûrement pas finie. Côté français, Renault a certes assuré hier qu’aucune fraude n’avait été constatée sur la rémunération des principaux dirigeants en 2017 et 2018, y compris pour celui qui est toujours son PDG.

Mais la pression monte aussi à Paris sur la direction de Renault et l’Etat français (actionnaire à 15% du constructeur automobile) depuis que Libération a révélé que Carlos Ghosn n’était plus résident fiscal français depuis 2012, et s’était domicilié aux Pays-Bas afin d’échapper à l’ISF sur sa fortune estimée à près de 200 millions de dollars par l’agence Bloomberg. Selon Reuters, Carlos Ghosn se serait aussi arrangé pour accorder un bonus occulte de 500 000 euros à l’une de ses fidèles, Mouna Sepehri, directrice déléguée à la présidence de Renault et en charge de la gouvernance en tant que secrétaire du conseil d’administration. Le versement se serait fait via la holding néerlandaise Renault Nissan BV, à l’insu du conseil d’administration de Renault, comme le suspectait la CGT. Dans ces conditions, le maintien de Carlos Ghosn à la tête de Renault pose de plus en plus question, même si le groupe est d’ores et déjà de facto dirigé par son numéro deux, Thierry Bolloré.

A Tokyo, le parquet japonais pourrait maintenant infliger à Carlos Ghosn un nouveau motif d’arrestation. Carlos Ghosn serait alors replacé en garde à vue pour 48 heures, extensible deux fois dix jours, à condition que le tribunal donne son approbation. L’accusation d’abus de confiance est considérée comme particulièrement grave et Motonari Otsuru avait déjà admis, lors d’une conférence de presse mardi, qu’une remise en liberté sous caution serait peu probable si les procureurs décident de cette inculpation. Or, selon l’avocat, il pourrait s’écouler six mois avant la tenue d’un procès.

«Sanctions sévères»

Carlos Ghosn était hier fiévreux et n’avait pu recevoir aucune visite, pas même de ses avocats ou des ambassadeurs de France, du Brésil ou du Liban. La fièvre serait retombée vendredi. Initialement détenu dans une petite cellule avec un sol traditionnel en tatamis sur lequel dormir, il a été transféré dans une cellule plus grande dotée d’un lit occidental. Il se plaindrait de ses repas à base de riz et aurait perdu plus de 10 kg. Il était en effet apparu mardi nettement amaigri après cinquante jours dans le centre de détention de Kosuge, au nord de Tokyo.

Carlos Ghosn n’est pas le seul visé par les procureurs de Tokyo. Son bras droit et ancien administrateur de Nissan, Greg Kelly, arrêté le même jour et mais libéré le 25 décembre sous caution, est également mis en examen pour malversation financière. Tout comme Nissan, en tant qu’entité morale ayant remis les documents incriminés. Le constructeur automobile japonais a par ailleurs déposé ce jour une plainte au pénal contre son ancien patron sur la base «de l’utilisation abusive par Carlos Ghosn d’un montant important de fonds de l’entreprise». «Nissan ne tolère en aucun cas des agissements de la sorte et appelle à des sanctions sévères», déclare le communiqué de l’entreprise qui affirme poursuivre son enquête interne.

Tensions entre Paris et Tokyo

Les relations entre la France et le Japon pourraient se tendre sérieusement puisque en parallèle, Tsunekazu Takeda, vice-président du comité d’organisation des jeux de Tokyo en 2020, vient d’être mis en examen pour «corruption active»… par la justice française. L’arrière-petit-fils de l’empereur Meiji, 71 ans, est une figure au Japon. Il en est à son dixième mandat à la tête du comité olympique japonais, qui s’apprêtait à passer outre la limite d’âge de 70 ans pour lui permettre d’obtenir un nouveau mandat en juin. Tsunekazu Takeda est soupçonné d’avoir autorisé le paiement de pots-de-vin en vue de l’obtention des Jeux olympiques de 2020. Selon le Monde, il aurait été interrogé en toute discrétion le 10 décembre par le juge d’instruction Renaud Van Ruymbeke. Mais, contrairement à Carlos Ghosn, il a pu repartir libre de l’entretien.


Rafaële Brillaud correspondante à Kyoto

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Etats-Unis : pour les démocrates, retour à l’instant primaires

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La course à l’investiture démocrate pour la présidentielle de 2020 promet d’être l’une des plus ouvertes depuis vingt-cinq ans. Des plus compétitives aussi : de nouveaux candidats viennent encombrer le ring chaque semaine ou presque, à plus d’un an des premières primaires, prévues le 3 février 2020 dans l’Iowa. Et des plus longues : à la même époque, il y a quatre ans, aucun républicain ou démocrate n’avait encore déclaré sa candidature. Pour tenter de reprendre la Maison Blanche à Donald Trump, sept démocrates sont déjà sur les rangs. Parmi eux, à l’exception notable d’Elizabeth Warren, peu de figures d’envergure nationale. Le premier défi, commun à tous, sera donc de combler un fort déficit de notoriété au-delà de leur fief.

Fracture

Ces sept prétendants officiellement en course forment un aréopage divers et majoritairement féminin, ce qui donne déjà à ces primaires une dimension historique. La seule fois où plus d’une femme avait brigué l’investiture démocrate, c’était en 1972. Pour 2020, quatre sont déjà sur la ligne de départ, dans le sillage du record de candidates au Congrès établi en novembre lors des élections de mi-mandat : Elizabeth Warren, Kirsten Gillibrand, Kamala Harris, trois sénatrices progressistes, et Tulsi Gabbard, 37 ans, représentante d’Hawaï à la Chambre et benjamine de la course.

Malgré ce fort contingent féminin, ce sont trois hommes qui, à en croire le dernier baromètre publié par CNN en décembre, arrivent en tête des pronostics. Aucun n’est pour l’heure officiellement candidat. Favori avec 33 % des intentions de vote, l’ancien vice-président de Barack Obama, Joe Biden, originaire du swing state de Pennsylvanie, demeure très populaire auprès des cols bleus, électorat clé de Donald Trump en 2016. Vient ensuite le sénateur du Vermont Bernie Sanders (14 %), battu par Hillary Clinton lors de primaires démocrates controversées en 2016, et toujours très apprécié de l’aile gauche du parti. A eux seuls, les deux septuagénaires incarnent la fracture idéologique qui promet d’être au cœur de la bataille des primaires, entre démocrates centristes et «progressistes».

Enfin, la sensation démocrate des midterms de novembre, Beto O’Rourke, complète le supposé trio de tête, avec 9 % d’intentions de vote. Grâce à une campagne de terrain largement inspirée de Bernie Sanders, l’ancien élu à la Chambre avait échoué de peu à détrôner le sénateur républicain du Texas, l’emblématique et très conservateur Ted Cruz. A 46 ans seulement, O’Rourke, quasiment inconnu du grand public il y a encore un an, se rêve désormais un destin à la Obama.

Débats

Tous les démocrates désireux de défier Donald Trump – ils pourraient être une douzaine, voire une quinzaine – devraient officialiser leur candidature d’ici le début du printemps. Pourquoi si tôt, à plus de dix-huit mois de l’élection présidentielle, qui aura lieu le 3 novembre 2020 ? Cela tient notamment à la géographie et au système politique américains, qui obligent les prétendants, parfois méconnus, à sillonner un pays aussi vaste que le continent européen. Entrer en campagne très tôt permet aussi de commencer à lever des fonds, indispensables pour constituer des équipes fournies et financer des publicités dans les Etats-clés, en amont des primaires.

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En outre, pour ceux qui n’ont aucune chance de remporter l’investiture du parti pour 2020 – car trop jeunes, peu connus ou inexpérimentés -, une campagne à rallonge constitue un investissement d’avenir. Elle permet de se faire connaître davantage afin d’obtenir un poste intéressant dans une future administration, voire la vice-présidence du candidat démocrate désigné.

Pour doper leur notoriété, tous les candidats tâcheront de s’illustrer lors des multiples débats télévisés. Dévoilé en décembre par la direction du parti, le planning s’annonce en effet pléthorique : six débats en 2019, six autres en 2020. La garantie d’une campagne indigeste et hors du commun, à l’image du président actuel que tous rêvent de déloger de la Maison Blanche. Jamais aussi à l’aise qu’en meeting, où il se nourrit de l’adoration de ses fans, et devant les caméras, Donald Trump, lui, attend avec impatience que ses rivaux entrent dans le vif de la campagne. Pour pouvoir les attaquer et se mesurer à eux. Comme en 2016, tous les coups et mensonges seront permis. Mais cette fois, les démocrates sont prévenus.


Isabelle Hanne Correspondante à New York


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Frédéric Autran

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Iran : «Si l’eau ne revient pas, j’irai m’immoler devant chez Khamenei»

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Cent jours. Cela fait cent jours qu’Ali, 75 ans, a cessé de travailler. Avec d’autres paysans, il a installé une grande tente pour protester, au bord de la route qui relie son village de Zardanjan à Ispahan, la troisième ville d’Iran. A perte de vue, la terre est jaune, craquelée, et les arbres dénudés. Ce matin de janvier, ils sont cinq à se réchauffer autour d’un tronc de pommier qui se consume et chauffe une théière en métal, dernier usage qu’ils ont trouvé à cet arbre qui ne porte plus de fruits depuis des années. «Les mollahs au pouvoir ont décidé de nous retirer l’eau pour la donner à d’autres villes», déplore Ali. Autour d’Ispahan, plus de huit fermes sur dix auraient été abandonnées, faute d’irrigation suffisante.

Le visage serré dans un keffieh rouge et sillonné par une vie à travailler la terre, il tient à nous montrer ses mains, d’imposantes pognes dures comme de la corne. «Regardez, j’ai travaillé toute ma vie sur mon champ de blé. Je gagnais 2 millions de tomans par mois [environ 156 euros, ndlr]. Aujourd’hui j’ai tout perdu.» Autour du foyer, la conversation s’anime. Ali le jure : «Si l’eau ne revient pas, j’irai m’immoler devant la résidence de Khamenei [le Guide suprême qui dirige le pays]

Sur le bord de la route, un écriteau affiche leur douleur aux voitures qui les ignorent. «Nous sommes un million de paysans à Ispahan. Le gouvernement doit agir avant qu’il ne soit trop tard.» Le piquet est accompagné d’une citation du prophète Mahomet : «Dans ton royaume, fais en sorte que les paysans ne soient pas opprimés.»

Pistaches

Dans un pays où la contestation est risquée, l’audace de ces fermiers est à la mesure de leur détresse. Depuis l’année dernière, les paysans de la province d’Ispahan se soulèvent contre la sécheresse qui tue leurs récoltes. 2018 fut l’année la plus aride en Iran depuis quarante-sept ans, selon le ministre de l’Energie, avec un taux de précipitation ne représentant qu’un tiers de la moyenne mondiale. Une désertification accélérée par le détournement des canaux d’irrigation au profit de Yazd, capitale de la province aride voisine. Mi-novembre, des fermiers ont même saboté les conduites d’eau qui approvisionnent Yazd. Une opération violemment réprimée par la police.

La fronde paysanne a pris un tour politique le 5 décembre : 18 députés de la province d’Ispahan ont démissionné du Parlement pour protester contre l’annulation du budget 2019 d’un projet d’acheminement d’eau. Le président Rohani avait pourtant promis de ressusciter le Zayandeh-rud, le «fleuve fertile» qui a fait la prospérité de la région, aujourd’hui à sec. Leur lettre de démission était sans équivoque : «Si on ne peut même pas garantir l’accès à l’eau potable pour des millions de personnes, notre présence au Parlement n’a plus de raison d’être.»

Cet acte de défiance, sans précédent au parlement de la République islamique, a reçu le soutien de l’ayatollah d’Ispahan, Yousef Tabatabai-Nejad. Dans son prêche du 21 décembre, il déclarait : «Si le gouvernement veut percevoir l’impôt des Ispahanais, il doit le dépenser pour nous.» En 2016, le clerc avait dénoncé un autre bouc émissaire, en claironnant que l’assèchement était une punition divine causée par les femmes qui faisaient des selfies au bord du fleuve.

Sur les berges du Zayandeh-rud, la splendeur de la capitale safavide a cédé la place à un spectacle de désolation. Le fleuve a tout bonnement disparu. Le pont Khaju, emblème de la ville construit en 1650, est devenu le symbole criant de cet assèchement : chaque soir sous ses arches, Hassan, 60 ans, se retrouve avec d’autres habitants de sa génération pour chanter sa nostalgie d’une époque où l’eau coulait encore. Une tradition née de l’acoustique exceptionnelle offerte par la structure du viaduc. «Ce pont était un des plus beaux endroits de mon pays», se désole Hassan, dans un fort accent ispahanais. «Les gens s’allongeaient au bord de l’eau, pique-niquaient. Maintenant c’est fini.» Le retraité a vu le climat changer : «Regardez, on est en plein hiver et il ne neige même plus…»

Aciérie

«C’est une aberration d’avoir capté l’eau d’Ispahan pour la transporter à Yazd, une région très désertique», estime un chercheur occidental. Les effets du réchauffement climatique et de la pression démographique ont été aggravés par des décisions politiques qui auraient été prises en dépit du bon sens : le président Rafsandjani (1989-1997) aurait détourné la rivière pour approvisionner l’industrie de Yazd et, au passage, irriguer ses champs de pistaches, dont il était l’un des plus gros exportateurs ; une politique continuée par Mohammad Khatami (1997-2005), né dans la région de Yazd, qui aurait favorisé sa ville d’origine. Mais les experts s’accordent pour pointer du doigt la présidence de Mahmoud Ahmadinejad (2005-2013), qui aurait laissé proliférer les puits illégaux et autorisé les paysans d’autres régions à puiser allègrement dans le Zayandeh-rud pour irriguer leurs champs.

«On est entrés dans une situation de stress hydrique très dangereuse, explique le même universitaire. Au-delà de 40 % d’utilisation de l’eau, on menace la capacité d’approvisionnement à long terme. A Ispahan, on atteint 80 %. C’est une des régions du monde où ce taux est le plus élevé.» Et le peu d’eau dont dispose encore la région est pompé par l’usine de Saba, une gigantesque aciérie en périphérie d’Ispahan, qui emploie près de 15 000 personnes et dont les volutes de fumée blanche sont visibles à des kilomètres à la ronde.

La jacquerie paysanne qui agite Ispahan est surtout un cas d’école des conflits autour de l’eau qui pourraient déstabiliser la région dans les prochaines années. «Il y a de très fortes chances que ce type de conflits se multiplient, analyse le chercheur. L’eau devient un enjeu géopolitique entre les régions d’amont et les régions d’aval.»


Paul Gasnier Correspondance à Téhéran

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Coup de froid entre la Russie et le Japon sur les Kouriles

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La tension s’est exacerbée ces derniers jours alors que Moscou et Tokyo négocient une sortie de ce conflit vieux de 74 ans.


Correspondant à Moscou

Le sort des Kouriles, ces îles volcaniques de l’Extrême-Orient battues par les vents, fait l’objet d’un contentieux territorial vieux de 74 ans entre la Russie – qui les occupe – et le Japon. Mais jamais, ces derniers jours, le conflit n’a été aussi âpre, au moment où, précisément, des négociations de paix s’ouvrent entre les deux pays.

Un premier round de pourparlers à haut niveau, organisé mardi entre le premier ministre japonais, Shinzo Abe, et son homologue russe, Vladimir Poutine, s’est soldé par une vague déclaration publique des deux dirigeants, prononcée sous l’œil méfiant de leurs opinions publiques. «Il reste un travail délicat à accomplir avant la signature d’un document mutuellement acceptable par nos deux peuples», a mis en garde le chef du Kremlin. «Ce problème n’est pas facile à résoudre, mais nous devons le faire», a insisté pour sa part le chef du gouvernement nippon.

Dimanche, plusieurs centaines de personnes, sympathisants communistes, …

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