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Aide médicale à mourir: un gâchis made in Ottawa | PATRICK LAGACé

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C’est ce que je me suis dit en constatant que deux citoyens québécois sont forcés de contester la loi fédérale sur l’aide médicale à mourir. Le tribunal a commencé à entendre l’affaire lundi, au palais de justice de Montréal.

Lisez l’article « Deux Québécois contestent la loi sur l’aide médicale à mourir »

Tous deux ont une qualité de vie à peu près nulle, à cause de la progression de leurs maladies respectives.

Nicole Gladu, 73 ans, souffre d’un syndrome post-poliomyélite qui lui cause des problèmes respiratoires majeurs et qui limite sa mobilité.

Jean Truchon, 51 ans, est prisonnier de son corps : il est né avec la paralysie cérébrale et seul son bras gauche était fonctionnel à la naissance. Depuis 2012, il ne l’est plus.

Ils veulent donc avoir recours à l’aide médicale à mourir. Mais ils ne sont pas admissibles en raison des critères de la loi fédérale qui encadre cette pratique, imposée par une décision de la Cour suprême en février 2015, l’arrêt Carter.

Que des citoyens lourdement hypothéqués par des maladies dégénératives soient encore forcés de recourir aux tribunaux pour mettre fin à leurs souffrances, quatre ans après l’arrêt Carter, est une honte.

Et ce gâchis est un gâchis fédéral, un gâchis made in Ottawa.

Quand la Cour suprême a invalidé deux articles du Code criminel qui interdisaient aux médecins canadiens de prodiguer l’aide médicale à mourir, elle a donné un an à l’État pour accoucher d’une loi encadrant la pratique. C’était, je le rappelle, en février 2015. Une année électorale.

Les conservateurs de Stephen Harper étaient alors au pouvoir et c’est à contrecoeur qu’ils ont pris acte de la décision : ils s’opposaient à l’aide médicale à mourir. Ils n’ont rien fait pour qu’une loi réponde à la Cour suprême. Les élections d’octobre 2015 sont arrivées, élections remportées par les libéraux de Justin Trudeau. Ceux-ci ont demandé une prolongation à la Cour suprême, vu le changement de gouvernement. Accordée.

On aurait pu penser qu’un gouvernement qui se dit progressiste, bien moins lesté que le Parti conservateur par les questions morales, en aurait profité pour ficeler un projet de loi intelligent et mature en réponse à une décision de la Cour suprême qui était en phase avec le consensus canadien sur l’aide médicale à mourir (en 2015, 77 % des Canadiens appuyaient l’idée).

Lisez un article du Toronto Star sur cette statistique (en anglais)

Sauf que non, le Parti libéral a accouché d’un projet de loi restrictif, un projet de loi bricolé sur le coin de la table : C-17, adopté en juin 2017, faisait fi des critères très larges décrits par la Cour suprême pour être admissible à l’aide médicale à mourir.

Dans l’arrêt Carter, le plus haut tribunal déclarait admissibles à l’aide médicale à mourir les adultes en mesure de consentir clairement à mettre fin à leurs jours, si « la personne est affectée de problèmes de santé graves et irrémédiables (y compris une affection, une maladie ou un handicap) lui causant des souffrances persistantes qui lui sont intolérables au regard de sa condition ».

Mais la réponse législative du gouvernement Trudeau pilotée par la ministre de la Justice Jody Wilson-Raybould a été d’une timidité telle qu’elle perpétue des injustices – et de la souffrance – comme celles dont on débat présentement au palais de justice de Montréal.

Là où les critères de la Cour suprême étaient très larges, Ottawa a cru bon d’insérer dans les critères d’admissibilité à l’aide médicale à mourir le concept vaseux de « mort naturelle raisonnablement prévisible » et, encore là, uniquement pour les personnes « en fin de vie ».

Ça exclut énormément de personnes qui souffrent atrocement, physiquement et moralement. 

Ça en force, comme M. Truchon et Mme Gladu – et comme d’autres ailleurs au Canada – à recourir encore aux tribunaux pour que le cadre législatif fédéral actuel s’arrime à ce qu’a décrété la Cour suprême.

Ça force des personnes à mourir dans l’indignité. Le 10 mars 2017, Sébastien Gagné-Ménard, prisonnier de son corps à cause de la sclérose en plaques, est allé mourir en Suisse, qui accepte le tourisme de l’aide médicale à mourir – au prix d’énormes efforts financiers et logistiques – parce qu’il était exclu de la nouvelle loi fédérale. J’ai raconté son histoire dans La Presse.

Lisez la chronique « Merci de me laisser partir »

En mars 2016, Louise Laplante, elle aussi prisonnière de son corps à cause de la sclérose en plaques, inadmissible à la version québécoise de la Loi qui encadre l’aide médicale à mourir et dans les limbes fédérales post-arrêt Carter, a choisi de se laisser mourir de faim plutôt que de continuer à souffrir.

Lisez la chronique « Mourir dans l’indignité »

Je répète : elle s’est laissée mourir de faim.

D’autres ont fait la même chose, parfois pour en arriver à remplir les critères de la loi. Pour la dignité, on repassera.

Je rappelle que le Québec a été un précurseur qui s’est arrimé au consensus dans la population sur l’aide médicale à mourir. Les députés québécois ont mené cette réflexion avec sérénité, pendant des mois. L’Assemblée nationale a adopté un projet de loi (avant que le fédéral ne soit forcé de le faire) en agissant sur ses compétences en matière d’administration de la justice – les procureurs de la Couronne avaient ordre de ne pas poursuivre les médecins qui accordaient ce soin de fin de vie, s’ils respectaient certains critères.

Mais Ottawa n’a jamais fait preuve de ce genre de leadership politique. 

Encore une autre démonstration que dans le grand jeu des compétences, Ottawa est bien souvent une lointaine contrée déconnectée du réel, tel que vécu par la moyenne des ours.

Ça force des gens comme Nicole Gladu et Jean Truchon à l’indignité de devoir quémander le droit d’en finir sereinement.

Un gâchis humain, causé par le manque de leadership de la classe politique fédérale.

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District 514-555-0172 | HUGO DUMAS

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Les accros au feuilleton policier de Radio-Canada (salut!) connaissent l’extrême importance de l’identité de la personne qui se cache derrière ces 10 chiffres associés à un appareil portable intraçable. Cet individu a communiqué à de nombreuses reprises avec la proxénète Paule Lefebvre, dont le réseau de prostitution «haut de gamme» était utilisé par de grosses gommes de la police de Montréal.

Jeudi soir, devant 1 475 000 téléspectateurs perchés sur le bout du canapé, bingo, Patrick Bissonnette a enfin mis un nom et un visage sur le 555-0172. Et hier soir, nous l’avons tous découvert.

Maintenant, comme une Da-Xia Bernard (Cynthia Wu-Maheux) ayant déterré des informations hautement confidentielles, je demande à tous ceux qui ont pris du retard dans District 31 de bien vouloir quitter la petite salle, merci.

C’est bon ? Poursuivons. On se doutait bien que le très louche Yanick Dubeau (Patrice Godin) était le chaînon manquant entre la prostituée Charlène Baribeau (Sophie Desmarais) et sa patronne Paule Lefebvre. Dubeau a donc menti à tous ses collègues, dont la lieutenant Gabrielle Simard (Geneviève Brouillette).

Mais pourquoi au juste ? J’ai vu hier les trois autres épisodes de District 31 qui passeront ce soir, mercredi et jeudi. Et ça brasse au 31. C’est une semaine haletante et palpitante, qui vous fournira plusieurs réponses, mais pas toutes, évidemment.

J’ai l’impression que l’auteur Luc Dionne étendra les ramifications de cette enquête complexe sur plusieurs semaines. Pourvu que ça ne dure pas aussi longtemps que l’affaire de Léopold Jean, ça me va.

Les motivations de Yanick Dubeau n’ont pas encore été définies. D’où lui vient cette haine envers celles qui pratiquent le plus vieux métier du monde ? On sait que sa mère a déjà été une prostituée et qu’il en a probablement souffert.

Questions, ici : Paule Lefebvre était-elle une amie de Yanick ou de sa maman ? Charlène a-t-elle été la copine de Yanick ou n’était-il qu’un simple client pour elle ? Yanick protège-t-il des patrons du SPGM, qui tremblent à l’idée qu’il déballe son sac ? Luc Dionne, on exige d’autres indices !

Télé-Québec en zone franche

C’est confirmé : la nouvelle émission de débats de Télé-Québec coanimée par Isabelle Maréchal et Raed Hammoud débutera le jeudi 28 mars à 20h.

Ce grand plateau circulaire, produit par Urbania, s’appellera Zone franche. Télé-Québec souhaite y insuffler l’énergie des «batailles de rap», où deux personnes s’affronteront encerclées par un cordon de spectateurs.

Zone franche abordera des morceaux d’actualité qui divisent les téléspectateurs. Du genre : l’appropriation culturelle ou le traitement réservé aux personnes âgées dans les résidences privées.

«On veut des sujets rassembleurs qui touchent tout le monde, des sujets très proches des préoccupations des gens», explique Isabelle Maréchal en entrevue.

Les duels permettront de montrer les deux côtés de la médaille. Et qui croisera le fer au centre de la pastille? Des experts, des journalistes, des citoyens ou des personnalités publiques, Zone franche ratissera très large. Les tournages débuteront le 18 février.

«C’est un anti-show de chaises. Ce ne sera pas statique», poursuit Isabelle Maréchal, tête d’affiche du 98,5 FM.

Parlant de Télé-Québec, la chaîne a renouvelé sa série dramatique M’entends-tu? pour une deuxième saison. Florence Longpré, Ève Landry et Mélissa Bédard ont appris la nouvelle dimanche soir sur le plateau de Tout le monde en parle.

Il y a eu un très gros buzz médiatique autour de M’entends-tu?, qui se déroule dans un quartier montréalais défavorisé. C’est excellent. Pourtant, le premier épisode n’a été vu que par 55 000 téléspectateurs mercredi dernier. Je m’attendais à des chiffres plus costauds.

Restons dans les cotes d’écoute. Jeudi soir, le retour de 1res fois a intéressé 855 000 personnes à Radio-Canada. Contre Véronique Cloutier, TVA a programmé la série américaine Le bon docteur, qui s’en est bien tirée avec ses 715 000 fans. À Télé-Québec, De garde 24/7 a grimpé jusqu’à 183 000 curieux, un bon score compte tenu de la forte compétition des autres réseaux.

Dimanche soir, Tout le monde en parle (1 165 000) a été l’émission la plus regardée, suivie de La magie des stars (829 000) et Vlog (703 000) à TVA.

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Non, La fureur ne ressuscitera pas | Hugo Dumas

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L’émission spéciale concoctée pour les 20 ans de ce jeu musical a enflammé les réseaux sociaux et démontré que la télévision en direct possède encore cet immense pouvoir de rassemblement. Entre 21h et 22h30, on a senti une bonne partie du Québec vibrer à l’unisson dans une mare de cris aigus émanant du studio 42 de Radio-Canada. Il s’est passé quelque chose de très spécial, vraiment.

C’est un exploit encore plus remarquable en cette période de déconstruction numérique, où les téléspectateurs consomment les épisodes à des rythmes différents, sur une panoplie de plateformes payantes, jamais en même temps.

Maintenant, les fans finis qui espèrent un retour permanent de La fureur après ce triomphe risquent d’être déçus. Car la résurrection tant souhaitée ne se produira pas, me rapportent des espions dans la grande tour.

Bien sûr, après avoir essayé toutes les solutions de remplacement imaginables (C’est ma toune, Le choc des générations, etc.), Radio-Canada souhaiterait ramener La fureur dans sa grille horaire, mais uniquement avec Véronique Cloutier comme capitaine.

Le hic, c’est que Véro est rendue ailleurs dans sa carrière. Ça ne lui tente pas de renfiler des pantoufles douillettes et de reculer de 20 ans dans son cheminement. 

Véronique Cloutier a quitté La fureur au printemps 2003 pour justement fuir le confort et tâter d’autres formats télévisuels.

Dix ans plus tard, pour sensiblement les mêmes raisons, Véro a renoncé aux Enfants de la télé, qui caracolait pourtant au sommet du palmarès des cotes d’écoute. Ce n’est pas dans l’ADN de l’animatrice d’opter pour la facilité. Elle préfère sauter dans de nouveaux projets, quitte à se casser les dents. C’est très louable de toujours vouloir ainsi se mettre en danger et de repousser ses limites.

La seule possibilité de survie de La fureur réside dans la formule qui a été offerte samedi soir, soit une seule fois par année. Véro serait partante pour cette option annuelle, me dit-on.

L’émission de samedi, qui a très bien vieilli, a été remplie de belles surprises, et aucun élément de la belle époque n’a été oublié. Les danseurs filmés en contre-plongée, la chorégraphie d’ouverture, l’annonceur Denis Fortin et la chanson de ralliement, tout s’y retrouvait.

Le numéro de Yelo Molo, Noir silence, Kaïn, La Chicane et Okoumé a été excellent, de la pure nostalgie, tout comme l’apparition éclair de Gabrielle Destroismaisons, qui a provoqué un cri de joie de la part de Katherine Levac.

En direct sur son plateau lumineux, Véronique Cloutier a été bonne de garder le contrôle – et le sourire – alors que les participants survoltés contestaient les règlements et picossaient sur des détails. Ça finissait par devenir agaçant, toute cette cacophonie.

Au bout du compte, on a vu que l’expérience a triomphé, notamment grâce à la performance étincelante d’Élyse Marquis qui a fait perdre la face aux gars, dont le pauvre Louis Morissette qui avait l’air de vraiment, mais vraiment vouloir gagner à tout prix.

Miss BBQ sur le gril!

Alors, pensez-vous que Miss BBQ (Charlotte Legault), alias Amélie Bérubé, a accepté la gentille invitation d’hébergement du policier psychopathe Yanick Dubeau (Patrice Godin)? Vous le saurez dans l’épisode de District 31 que Radio-Canada relaiera ce soir à 19h.

J’ai vu les quatre demi-heures de District 31 de cette semaine, qui reprennent exactement là où l’auteur Luc Dionne nous a abandonnés avant Noël : avec le coup de fil de Miss BBQ à Dubeau. Ne paniquez pas, aucun divulgâcheur ne ponctuera les prochains paragraphes. Pas besoin de faire comme Sandra Bullock dans Bird Box.

D’abord, un dossier important (indice : lutte de pouvoir) se bouclera d’ici jeudi. Et Dieu merci, les mots Léopold Jean ont presque complètement disparu des discussions des sergents-détectives du 31. On avait fait le tour plusieurs fois.

Quant à la résolution du meurtre de Sophie Carignan (Ève Aubert), la veuve du motard Christian Phaneuf (Emmanuel Auger), mettons que ça ne progresse pas super vite. La gang du 31 a été déployée en catastrophe sur une autre affaire pas mal plus urgente.

Deux nouveaux noms mystérieux sortiront dans l’enquête sur la disparition de Charlène Baribeau (Sophie Desmarais). Et un personnage influent, que l’on a vu rapidement l’an passé, reviendra chambouler le destin d’au moins deux flics qu’on aime!

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Les dreadlocks de l’appropriation | YVES BOISVERT

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Fascinant, n’est-ce pas ?

En Inde, cette coiffure est également pratiquée depuis des temps immémoriaux, et Wikipédia vous dira que « le maintien de l’hygiène est nécessaire pour éviter que la chevelure ne devienne une masse inextricable atteinte d’une maladie appelée plique polonaise ».

Oui, madame, polonaise. Ça ne s’arrange pas, question amalgame.

Vous avez sans doute vu qu’un groupe culturel obscur a interdit l’accès à sa scène à l’humoriste Zach Poitras à cause de son look. Un Blanc qui porte des « dreads » fait de l’appropriation culturelle, lui a-t-on dit après délibération.

Il semble que les rastas eux-mêmes aient fait des emprunts aux Indiens, etc. Ce qui rend le raisonnement sur l’offense culturelle assez bancal, mettons.

Il n’en fallait pas plus pour qu’on entende des dénonciations médiatiques outrées, comme si la Civilisation occidentale allait être enterrée dans un sous-sol de l’UQAM. « Le Québec est en train de devenir fou ! », s’est exclamée une commentatrice.

Pas vraiment, non. Le Québec découvre, un peu après le reste de l’Amérique du Nord, le débat furieux sur l’appropriation culturelle. Et ce qui est fou, c’est de devenir fou pour ça. Ce qui est fou, c’est d’annuler un spectacle à cause de critiques à ce sujet. Ce qui est fou, c’est d’avoir peur de cette discussion-là. Même Poitras dénonçait les « opinions extrêmes » là-dessus. Arrêtez de capoter, en somme.

***

Je suis allé voir SLĀV cette semaine, repris après l’annulation pendant le Festival de jazz. Betty Bonifassi, musicienne et chanteuse superbe qui interprète les chants d’esclaves depuis des années, s’est fait traiter injustement dans cette histoire. Il y avait quelque chose d’émouvant à la voir s’avancer sur scène avec sa canne, en boitant, blessée à une jambe depuis cet été – comme un symbole des blessures de ce faux scandale.

C’est surtout à cause du faible nombre de personnes de couleur dans la distribution que des manifestants avaient protesté. On a ajouté une choriste noire (sur six). On a modifié et « ajusté » l’histoire.

Mais le problème n’est pas là. Le problème, c’est que le spectacle ne tient pas la route. On a plaqué un scénario sur un show musical. Ça ne fait pas du « théâtre musical ». Ça fait des chansons. Et du pauvre théâtre pour essayer de lier tout ça.

C’est comme si on nous expliquait l’esclavage 101 sur un ton didactique à travers l’histoire d’une fille de Limoilou qui se découvre une ancêtre afro-américaine. Mais ce n’est pas vraiment l’essentiel, puisqu’il est aussi question d’Haïti et de danse africaine. Bonsoir les clichés.

Plus gênant : il est question des enfants « esclaves » irlandais, qui étaient en fait des travailleurs forcés, ce qui n’est pas du tout la même chose, tout en étant inhumain. Des historiens sont montés au créneau, d’autant que cette théorie de l’esclavage irlandais est un thème de l’extrême droite américaine pour avancer que, finalement, les Noirs ne sont pas les seuls à avoir souffert dans le passé…

Je veux bien que le spectacle soit essentiellement musical. Qu’il ait été monté avec toute l’empathie du monde et pas pour « s’approprier » ou utiliser la souffrance des autres. Ce n’est pas une raison pour présenter un texte aussi faible.

On dirait que Bonifassi s’est occupée de la musique – très bien. Que Robert Lepage a monté des tableaux, avec quelques machines typiques de sa manière – la clôture qui se transforme en chemin de fer, en prison, etc.

Et autour de ça, on a juste garroché une histoire puisqu’il le fallait, le tout assorti de « messages ».

Bref, c’est moins d’appropriation que d’improvisation culturelle qu’on peut accuser le texte.

***

Revenons à l’appropriation culturelle. En principe, c’est un procédé par lequel des membres d’une culture dominante utilisent à leur avantage des éléments d’une culture opprimée. Soit pour la ridiculiser, soit d’une manière caricaturale, soit simplement en l’utilisant. Des Américains blancs qui font des « black faces » sur une scène. Des vêtements ou des coiffes amérindiennes dans un show rock. Etc.

Je me souviens des hauts cris qu’on poussait au Québec en lisant les descriptions que pouvait faire Mordecai Richler des « Canadiens français ». Je conçois que les membres d’une culture minoritaire veuillent se défendre des stéréotypes ou utilisations abusives, des visions colonialistes, etc. Il n’y a rien de risible là-dedans.

Mais à partir de quand est-ce qu’une « appropriation » devient un mélange culturel inextricable comme des dreadlocks ? Un hommage respectueux ? Il y a matière à discussion jusqu’à tard… Je n’en ai pas contre le concept, mais qui s’arroge le droit de décréter qu’une oeuvre est condamnable ? Ça aussi, ça se discute.

Le problème de la sous-représentation des minorités au théâtre et dans les arts est réel, on devrait s’en soucier. Mais c’est vrai aussi en politique, dans les médias et dans la fonction publique. On n’a pas à en faire porter le poids aux artistes ni à confondre ça avec l’appropriation culturelle. 

Le jeu de théâtre, par définition, consiste à jouer à l’autre. À aller dans son étrangeté, à la communiquer. Qui veut d’un art sans métissage ?

Ce qui me semble néanmoins plus exaspérant, c’est ceux qui sautent sur les excès de ce discours pour nous faire croire que « c’est rendu qu’on peut plus rien dire ». Franchement, si on se sent menacé par le discours de quelques militants, le problème n’est pas les militants.

La critique, même virulente, fait partie aussi de la vie culturelle, qui est un grand brassage parfois chaotique.

Faut arrêter d’avoir peur de la moindre controverse, par contre. Faut pas commencer à fermer les scènes à cause de cinq pancartes. Faut tenir à son oeuvre, autrement dit, la défendre, répliquer, s’expliquer. Et ça s’applique aux producteurs, aux institutions comme aux artistes.

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